Et voici la fondation «Marie môy Absa»…

Le p’tit peuple des électeurs du 24 mars 2024 n’a pas encore fini de digérer l’arnaque «Diomaye môy Sonko» qui connaît une fin en eau de boudin, que le Palais nous présente un nouveau cliché d’Epinal : l’entente cordiale entre les deux épouses du président de la République.

Depuis quelque temps, ça force le trait : Mesdames Faye, Marie Khone et Absa, posent côte à côte avec le sourire en tenant la Coupe d’Afrique récemment remportée de haute lutte ; bien sûr, déjà, à la prestation de serment du 2 avril 2024, elles sont là, toutes deux pour assister à l’unisson à l’instant de gloire.
Et puis, il y a comme un moment de flottement, quand le président de la République commence à prendre les airs à bord de l’avion de commandement pour visiter la planète : dans les taudis, la grande curiosité est d’apprendre ce sera à qui le tour de voir du pays… Devant la télé, dans la courtisanerie, ça épie geste, soupir ou moue présidentiels qui pourraient paraître romantiques, histoire de décrypter les préférences, l’ordre sentimental, la hiérarchie.
Un vrai lèche-bottes, ça comprend ces choses mieux que tout le monde.
En lançant la fondation nationale Sénégal Solidarité, le tandem «Marie môy Absa» n’invente rien. On se souvient de la Fondation Solidarité et Partage, lancée au début des années 90 par Elisabeth Diouf, alors Première dame, après plus d’une décennie de magistère de Abdou Diouf, son interminable Président de mari.

Certes, comme présidente d’honneur de la Croix-Rouge, elle distille quelques bienfaits sans trop d’ostentation en période ordinaire. Il faut dire que la décennie des années 80 sera celle de Marianne Collin, épouse du ministre d’Etat Secrétaire général de la Présidence autour de laquelle s’agglutinent les courtisans. Son jardin est le lieu où il faut être vu quand vos ambitions dans l’appareil d’Etat vous dévorent. On y croise de tout : ministres, députés, maires et directeurs généraux en fonction, tout comme des ambitieux en attente d’un clin d’œil de la Providence.

Elisabeth Diouf en mettra du temps avant de s’enhardir.
Il faudra la disgrâce de Jean Collin, que Abdou Diouf met sur le compte d’un outrage de Marianne à Elisabeth, pour que la Première dame officielle sorte de son mutisme. Un premier discours à un sommet de femmes vindicatives à l’autre bout du monde en sera le détonateur. Pourtant, juste avant les élections de 1988, elle épaule comme elle peut son Président de mari en distribuant aux quatre coins du pays, en veux-tu en voilà, des moulins à mil à des bonnes femmes de la brousse. Gestes si désintéressés qu’ils lui rapportent le sobriquet de «Madame Moulin» par le facétieux opposant Laye Wade.

Et donc, plus de Marianne Collin dans les parages pour lui faire de l’ombre, elle plonge : ce sera la Fondation Solidarité et Partage, à laquelle les esprits chagrins ajoutent non sans gourmandise une précision mesquine : «du gâteau».

Même les meilleures choses ont une fin. Après le 19 mars 2000, comme par enchantement, plus de Fondation Solidarité et Partage. Abdou et Elisabeth Diouf prennent l’avion, bras dessus, bras dessous, pour poser leurs baluchons aux bords de la Seine et se font tout petits.

On sait juste qu’ils ne meurent pas de faim, loin s’en faut…
C’est alors que Viviane Wade, la nouvelle Première dame, surgie des scrutins du 19 mars 2000 après vingt-six années de galères, nous arrive dessus : elle, son dada, c’est l’éducation et la santé. Pour l’éducation, il y a quelques doutes… Mais sur la santé, Mme Wade se révèle sans-gêne parce que le «Sopi», c’est aussi sa traversée du désert à elle. Elle imprime sa marque au point qu’on la considère pendant douze ans comme la vraie ministre de la Santé, avec comme point d’orgue «son» hôpital à Ninéfécha, autrement dit au bout du bout du Sénégal oriental. Un petit bijou dont le sort virera au tragique après le 26 mars 2012, lorsque Macky et Marième Faye Sall s’emparent du Palais.
Quant à la Fondation Education-Santé, elle disparaît comme elle est venue : après une alternance…

Déjà, Marième Faye, comme Première dame, tient à montrer sans retenue qu’elle est bien de chez nous : ni blonde ni yeux bleus. Rien à voir avec l’élégante Négresse blonde qui inspire des poèmes enflammés à Sédar Gnilane ; pas du tout de sang arabe comme on le prête à Elisabeth Assef Diouf ; encore moins de ressemblance à la «Sénégalaise d’ethnie toubabe» que revendique si joliment Viviane Wade.

Et puis, à la différence des autres, apparemment, elle, tient à «Servir le Sénégal». Bien sûr, il y aura quelques heureux dont les familles qui voient, accompagnées des caméras de la Rts, une équipe de plombiers venir leur améliorer leurs sanitaires, histoire de leur permettre de faire caca confortablement, ou celles dont les paillasses sont remplacées par des matelas en mousse pour faciliter les galipettes conjugales nocturnes. Allez, ne soyons pas paganistes : elle en envoie aussi beaucoup à La Mecque déposer leurs sacs de péchés.

Dans un pays de coquins, ça sauve des âmes…
Bien sûr que lorsque le tandem «Diomaye môy Sonko» nous arrive sur le pif, le 24 mars 2024, il est clair que la fondation de Marième Faye n’a plus sa place en République. Seulement voilà : les nouveaux maîtres du pays nous jurent depuis une décennie que rien ne sera plus comme avant dès qu’ils s’installeront au sommet de l’Etat.

On aurait juré que les fondations de premières dames seraient enterrées avec la «rupture systémique». Certes, après la défection de Pastef derrière Diomaye Faye, il est clair que le taciturne président de la République, qui vient de lancer un appareil électoral pour les années qui arrivent au grand galop, a besoin de visages souriants pour appâter de l’électeur entre 2027 et 2029.

On n’est jamais mieux servi que par soi-même ?
Je dois avoir l’esprit mal tourné, mais après le flop de «Diomaye môy Sonko», j’ai du mal à croire que la fondation «Marie môy Absa» survivra à 2029 ?



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