«Tout ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément.» Ce vers célèbre de Nicolas Boileau est souvent utilisé pour rappeler qu’une idée bien comprise se formule naturellement. C’est dire que la clarté de pensée est la condition de la clarté d’expression. Ce qui a semblé manquer au Directeur général de la Radiotélévision sénégalaise (Rts) dans sa dernière sortie publique à propos des véhicules qui lui auraient été offerts.
En effet, dans une émission sur Radio Sénégal, Pape Alé Niang a eu à s’adonner à un exercice pénible, aussi bien pour lui que pour le public, notamment lorsqu’il a tenté d’expliquer l’affaire des six véhicules. Le Dg a consacré plus de quarante minutes à un monologue que l’on peut retrouver sur la chaîne YouTube de la Rts. Par la suite, il est intervenu à la radio pour s’expliquer encore, puis il a pris part à une autre émission, «Gannug digital», afin de redonner sa version des faits. Toutes ces interventions se sont déroulées en l’espace de quelques jours, et toujours sur les différents supports de la Rts. Au-delà du fait que c’est quand même gênant de voir un responsable éditorial s’inviter ou s’auto-inviter, il est à déplorer qu’au même moment, les syndicalistes avec qui il est en bisbille sont privés de parole.
Le Directeur général affirme : «il m’a été offert ces véhicules…», mais lorsqu’on l’interroge sur l’identité du donateur, il hésite, griffonne quelques mots, puis finit par déclarer : «Je peux ne pas le dire», se retranchant derrière une rétention d’information quant au nom de son bienfaiteur. Ce passage constitue sans doute l’un des moments les plus embarrassants pour un responsable de télévision publique depuis la création de l’institution. Rappelons que par le passé, ce même directeur se distinguait par une dénonciation énergique des médias accusés de collusion avec des groupes d’influence et des lobbies. Aujourd’hui, il se retrouve lui-même exposé, son attitude et sa communication maladroite l’isolant au cœur d’accusations lourdes de sous-entendus.
Cadeau bien encombrant
Dans cette affaire, le simple fait de confesser avoir reçu un don aurait dû suffire, en soi, à déclencher une enquête approfondie. Dans un système de gouvernance respectant les normes, il aurait été tout à fait logique que Pape Alé Niang soit limogé dès lors qu’il a reconnu publiquement que les véhicules reçus étaient bel et bien un don. Pourtant, force est de constater qu’aucune inquiétude ne l’a véritablement atteint à ce sujet.
Cette relative impunité semble trouver sa source dans l’investissement personnel du journaliste dans l’affaire Sweet Beauté, où il s’est particulièrement illustré dans la propagation et la manipulation. Sa connaissance approfondie des tenants et aboutissants de ce dossier lui confère ainsi une position particulière, à la fois centrale et délicate. Il apparaît donc, dans ce contexte, comme un véritable «waxkat», c’est-à-dire une personne bien informée, dont la parole pèse et dont le silence ou les révélations pourraient avoir un impact considérable.
La situation des véhicules offerts, un cadeau bien encombrant, s’illustre par de multiples zones d’ombre. Ces véhicules dont il semble impossible de justifier le stationnement ailleurs que dans l’enceinte de la Rts, demeurent au cœur d’une polémique persistante. L’impossibilité de révéler l’identité du donateur ajoute à la confusion ambiante et nourrit la suspicion autour de cette affaire. Le bénéficiaire, interrogé à ce sujet, a expressément refusé de dévoiler le nom de la personne à l’origine de ce don, entretenant ainsi un climat de nébulosité et d’opacité. Ce silence volontaire contribue à renforcer la perception d’une situation trouble, où la transparence et la clarté font défaut.
Ne pas occulter l’ensemble des problèmes
La situation révèle toute la complexité de la frontière, parfois ténue, entre don, pot-de-vin, rétrocession ou cadeau empoisonné. Ce flou interroge en profondeur sur le parcours d’un homme autrefois perçu comme irréprochable, auteur d’un ouvrage de dénonciation de la gestion du Centre des œuvres universitaires de Dakar. Mais aujourd’hui, l’homme est fragilisé, voire ébranlé, par une aide financière dont la légitimité suscite l’inquiétude.
Il est important de rappeler que Cheikh Dieng a été démis de ses fonctions de Directeur général de l’Office national de l’assainissement du Sénégal (Onas). Et parmi les explications fournies à l’opinion pour justifier ce limogeage, deux mois après sa nomination, il lui avait été reproché qu’un fournisseur lui avait offert une voiture. Cet épisode était présenté comme un signe de la (nouvelle) rigueur avec laquelle la question des cadeaux et avantages devrait être traitée dans l’Administration publique.
Jusqu’à présent, les explications du Directeur général de la Rts peinent à convaincre. Ce qui fait de cette affaire une situation à ne pas minimiser, car l’audiovisuel public requiert une transparence irréprochable. L’insistance avec laquelle Pape Alé Niang affirme publiquement, pour la troisième fois, que les six véhicules lui ont été offerts, soulève un véritable malaise. Il est important de rappeler que ces véhicules ont été offerts à la Rts après la nomination de Pape Alé à sa direction, et non avant. Il est dès lors légitime de se poser un certain nombre de questions. Si ces véhicules ont réellement été offerts à titre personnel, pourquoi se trouvent-ils dans le parking de la Rts ? Pourquoi arborent-ils le branding «Suñu Moomel» et non «Sama moomel» ? Un bien privé n’a pas vocation à être stationné dans l’enceinte d’un service public.
Bafouer les droits acquis
Toutefois, la question des six véhicules offerts à la direction ainsi que l’implication du frère de Pape Alé dans les affaires de la Rts ne représentent qu’une partie des préoccupations soulevées au sein de l’institution. Réduire le problème de la Rts à ces seuls éléments reviendrait à occulter l’ensemble d’une plateforme revendicative des syndicalistes, dont tous les points méritent une attention particulière en raison de leur gravité. En effet, ces deux problématiques ne font que s’ajouter à une liste de revendications plus large et plus complexe, illustrant la profondeur du malaise qui affecte la gestion et le fonctionnement du service public de l’information.
La remise en cause unilatérale des accords d’entreprise, sans aucun fondement légal, s’apparente à une forme d’anarchie et traduit une attitude empreinte de méchanceté de la part de la direction. Les travailleurs de la Rts avaient pourtant bénéficié d’une augmentation salariale sur une période de trois mois, octroyée conformément aux dispositions de l’Accord d’entreprise en vigueur. Rompre ces engagements sans justification légale revient à bafouer les droits acquis des employés et à remettre en question la fiabilité des engagements pris par l’institution envers son personnel. Cette attitude contribue à instaurer un climat de défiance et d’insécurité au sein de l’entreprise, portant atteinte à la stabilité sociale et au moral des travailleurs.
Post-scriptum :
La Chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Dakar a décidé, lors de son audience du jeudi 5 février 2026, de l’irrecevabilité pure et simple du procès en diffamation intenté par Alioune Ndiaye contre nous, pour défaut de paiement de consignation après 7 renvois entre mai 2025 et l’audience de jeudi dernier.
Pour comprendre cette affaire, il faut revenir sur le différend qui oppose les actionnaires de la chaîne de télévision Africa7. Alioune Ndiaye (qui a fait de la prison pour escroquerie) a vendu ses parts à Moussa Faye, propriétaire de la chaîne Cnm. Par la suite, le Cnra a retiré illégalement la fréquence à Moussa Faye pour la remettre à Ndiaye.
Cette actualité étant revenue plusieurs fois, nous en avons parlé en novembre 2024, puis en janvier 2025. De même que sur notre page Facebook, en rappelant le passé trouble de Aliou Ndiaye. «Un escroc», avec un point d’interrogation à la fin, avions-nous écrit.
Suffisant pour qu’il se sente diffamé et nous serve une citation directe en avril 2025. Une première audience est alors fixée au mois de mai suivant. Cette audience devait consacrer le paiement de la consignation, étant entendu que c’est une citation directe et non une plainte. A rappeler que sa citation directe avait été largement partagée sur les réseaux sociaux, comme s’il voulait plus «porter presse» que porter plainte.
Entre le mois de mai 2025 et février 2026, il y a eu 5 audiences qui ont été renvoyées pour «paiement de la consignation».
En décembre 2025, nous avons attiré l’attention de notre avocat sur le fait qu’on ne peut pas éternellement renvoyer l’audience à chaque fois pour le même motif. Ce qui fut porté à la connaissance du juge qui a décidé d’un «renvoi fermé pour paiement de la consignation sous peine de radiation pure et simple de l’affaire» pour le 15 janvier dernier.
Le 13 janvier, c’est-à-dire à deux jours de l’audience, nous sommes saisis par notre avocat d’une demande pour le moins surprenante. «Bonjour Bachir. L’avocat de Aliou Ndiaye m’a contacté pour m’informer que son client est prêt à se désister de sa plainte si vous consentez à lui présenter des excuses publiques.»
Nous avons pris le soin d’appeler notre avocat pour lui dire : «Bonjour Me. Allez dire à l’avocat de Monsieur Alioune Ndiaye que je ne vais, pour rien au monde, lui présenter des excuses. Pour la simple et bonne raison que je ne l’ai pas diffamé. Il a fait de la prison pour escroquerie. Il n’est plus dans l’actionnariat d’Africa7. Et je l’attends au Tribunal pour présenter toutes les preuves à notre possession. Et dites-lui que le temps est venu de confirmer tout ce que j’ai dit, car la Cour suprême a ordonné la restitution du signal qu’il exploite frauduleusement.»
Le 15 janvier, rebelote : la consignation n’est pas écore payée et le procès est de nouveau renvoyé au 5 février. Cette fois encore, le juge a réitéré sa menace de déclarer la plainte irrecevable si la caution n’est pas payée.
Et le 5 février, la plainte de Alioune Ndiaye a été déclarée irrecevable à la demande de nos avocats, après constat que le paiement de la consignation n’est pas effectif.
Merci à Mes Fatimata Sall et Alassane Diallo qui nous ont accompagnés dans cette procédure.
Par Bachir FOFANA
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