Mahaza ?

Il faut décidément avoir le cœur bien accroché pour suivre notre tumultueuse actualité : on passe de stupeur en stupéfaction, jour après jour, d’heure en heure…
Pendant que des lycéens marchent pour soutenir les étudiants et qu’une collecte s’organise pour la mère de Abdoulaye Bâ, étudiant mort brutalement, la bataille d’opinion fait rage : le procureur se voit obligé de convoquer les médias pour se faire entendre. Le défunt serait mort après une chute depuis le quatrième étage, alors que dans l’opinion, la première version parle de passage à tabac. Même si nous sommes à une époque où personne ne croit plus personne, surtout pas les piliers du régime «Diomaye môy Sonko», perso, je trouve la thèse de la chute du quatrième étage plausible.
La suite de l’enquête devrait nous édifier.
Passons sur la gaie société des détenteurs de la liste des homos sénégalais, qui s’allonge de jour en jour : sur les plateaux de télé, les plateformes digitales, ça prend des airs affranchis, et distille au compte-gouttes les infos sur cette mafia du sexe académique qui distille le Sida. Bien sûr, le débat sur la criminalisation de l’homosexualité s’y invite, et Mame Mactar Guèye se refait une seconde jeunesse avec tous ces micros et caméras qui l’assiègent. Il le savait, le dit depuis Mathusalem, et tient sa liste bien au chaud. Il plastronne, rasé de près, habillé de neuf, tout de blanc vêtu, son bonheur est presque contagieux : il est en train de vivre ses heures de gloire absolue.
Des Sénégalais aussi, sur les réseaux sociaux, s’en donnent à cœur joie : ça cultive le soupçon, raille les pédés, s’indigne de la sexualité des autres… Avec le Ramadan qui vient, sa charretée de ventres vides et de nerfs en compote, le sujet prend des dimensions encore plus sulfureuses. Je parie qu’avant la Korité, les vendeurs de vertu exigeront le rétablissement de la peine de mort et les mauvais coucheurs, la suppression de la Saint-Valentin.
C’est vrai, quoi : a-t-on idée de ne pas baiser comme tout le monde ?
Retour aux sujets sérieux. Là, on sort d’une semaine où ça débat âprement de la candidature de Macky Sall au Secrétariat général des Nations unies.
Apparemment, même à l’Union africaine, c’est le sujet sensible. Les mauvaises langues en disent que Bassirou Diomaye Faye préfère laisser son «meilleur Premier ministre de tous les temps» faire face à ce dilemme tout seul en plein Addis-Abeba. Ce sera l’un ou l’autre : soit le président de Pastef éteint la carrière du criminel doublé du voleur Macky Sall devant les cinquante-quatre chefs d’Etat et de gouvernement africains, soit le panafricaniste invétéré Ousmane Sonko soutient la meilleure candidature de l’Afrique au poste de Sg de l’Onu.
Le «meilleur Premier ministre de tous les temps» parti au sommet de l’Ua avec l’avion présidentiel, excusez du peu, on ne saura rien de la position sénégalaise sur cette question. Avant de rentrer comme si de rien n’était, il prendra le soin de bifurquer à La Mecque, photos à l’appui. L’argent du contribuable n’est pas dépensé pour rien : il sauvera au moins une âme, à une semaine du Ramadan…
Ça ne calme pas l’opinion qui se torture avec cette question : Macky Sall peut-il être Sg de l’Onu ?
Bien entendu, tout le monde s’y met, sauf le principal concerné lui-même, qui a l’air de ne pas y toucher, comme à son habitude. Rappelez-vous, entre 2019 et 2024, ses actes en direction d’un troisième mandat qui partage l’opinion, jusqu’à son propre camp : à ma droite, les ennemis intraitables de la troisième candidature ; et à ma gauche, les avocats du deuxième quinquennat.
Tout ça pour finir par un imbroglio digne de la finale de la Can marocaine de 2025.
Un premier discours pour annoncer qu’il ne serait pas candidat à la Présidentielle de 2024, parce qu’il a un code d’honneur dont le respect de la parole donnée. Pourquoi toussez-vous ? Il s’attend alors à une marée humaine devant le Palais, le soir-même, qui s’agripperait à son bas de pantalon pour le supplier de rester.
Bizarrement, les Sénégalais se montrent plutôt soulagés que lui et sa «Darlinkor» fassent leurs paquets et aillent se faire pendre ailleurs. Dans le monde, les félicitations pleuvent de partout : il est dans la droite ligne de Senghor, le précurseur du départ à la retraite élégant. On le voit déjà à la tête de l’Exécutif onusien, au pire, de la Francophonie. Avant même la fin de son mandat, le Président français lui confie un poste susceptible d’arrondir ses fins de mois en parcourant la planète.
Et puis, lorsque la liste définitive des candidats à la Présidentielle est proclamée par le Conseil constitutionnel, il pète un câble : non seulement il remet tout le processus électoral en cause en reportant les élections à fin 2024, mais il amnistie les dirigeants de Pastef (dissous) en détention pour diverses accusations de crimes et délits. Le prétexte ? Des, euh, soupçons de corruption du Conseil constitutionnel qui commet l’hérésie d’éliminer de la course à la Présidence Karim Wade. Le même qu’il jette en prison quelques années auparavant pour détournements record de deniers publics. Au début, ce sont des centaines de milliards qui sont en jeu, avant de se ratatiner avec le temps, jusqu’à une, euh, modique quarantaine…
Avec l’affaire Jeffrey Epstein, et les fuites de documents jusque-là confidentiels, ça commence à en savoir un peu plus sur les raisons pour lesquelles Karim Wade sortira de prison nuitamment en compagnie du procureur du Qatar pour s’envoler vers Doha où il coule depuis, selon sa mine réjouie et son teint frais, des jours plus que tranquilles.
Si ce n’était que ça…
Pendant ce temps, le caméléon Macky Sall qui soutient le jour la candidature de Amadou Ba contre l’avis des caciques de l’Apr, discute la nuit avec Ousmane Sonko. Les nouveaux larrons se découvrent, ô surprise, des atomes crochus : leur ennemi commun, qui sème la zizanie et joue un double jeu serait… Amadou Ba ! Raison pour laquelle les élections devraient être reportées pour réparer l’injustice suprême faite au Peuple sénégalais que l’on prive de son candidat favori, son président de la rue, vous comprenez qu’on parle du Pros.
Dieu merci, le fidèle, que dis-je, le loyal Bassirou Diomaye Faye est là. Bien qu’en prison lui aussi, il n’a sur le dos que des propos, euh, malvenus à l’endroit des magistrats qui osent attenter à la liberté de son idole, Ousmane Sonko : il les aurait traités d’anthropophages.
On peut lui pardonner, il ne savait pas ce qu’il faisait… Un moment d’égarement, ça arrive même aux meilleurs, n’est-ce pas ?
C’est ainsi que le tandem «Diomaye-môy-Sonko» se retrouve libéré en pleine campagne présidentielle, avec l’aura des miraculés que le Destin désigne contre vents et marées. Le discours du candidat, euh, Diomaye ? Je n’en retiens que son adresse à la foule en délire, juché sur le toit d’un véhicule de campagne : «Mahaza !»
Apparemment, la formule fait mouche : il est élu les doigts dans le nez le 24 mars 2024…
Deux ans après son magistère, on se demande toujours s’il y a un Président dans cette République : son mutisme mais surtout son immobilisme au sujet des tempêtes qui agitent le pays inquiètent. Il ne semble pas avoir d’avis sur la candidature de Macky Sall, ni sur les risques d’année blanche dans le supérieur.
Quant à nos compatriotes emprisonnés au Maroc pour avoir commis le crime abominable de supporter les nouveaux champions d’Afrique en terre hostile, on se demande s’il est au courant.
Mahaza ?



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