Mbour – 138e édition du Pèlerinage de Popenguine : L’Etat et l’Eglise unissent leurs voix pour la concorde et le dialogue national
Dans une ambiance de ferveur spirituelle et de communion républicaine, la 138e édition du Pèlerinage marial de Popenguine a été marquée par des appels vibrants à l’unité. Face aux défis socio-économiques et aux clivages politiques, le ministre de l’Intérieur et les autorités ecclésiales ont plaidé de concert pour une introspection nationale, un dialogue social sincère et la préservation du précieux modèle de cohabitation religieuse sénégalais.
Dans une ambiance de ferveur spirituelle et de communion républicaine, la cérémonie officielle de la 138e édition du Pèlerinage marial de Popenguine a été marquée par des appels vibrants à l’unité. Face aux défis socio-économiques et aux clivages politiques, le ministre de l’Intérieur, Mouhamadou Bamba Cissé (représentant le chef de l’Etat), et les autorités ecclésiales ont plaidé de concert pour une introspection nationale, le dialogue social et la préservation du modèle de cohabitation religieuse sénégalais.
Devant la communauté ca+tholique réunie à Popenguine, le ministre de l’Intérieur a magnifié le modèle de cohabitation religieuse sénégalais. Venu représenter le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, il a évoqué un contexte mondial et national lourd de défis, appelant à «l’union sacrée des cœurs et des esprits» pour bâtir un destin partagé.
C’est dans cette atmosphère de piété que le ministre a délivré un discours empreint de gravité, de reconnaissance et d’appel à l’unité nationale. D’emblée, il a tenu à rappeler le caractère hautement symbolique de ce grand rassemblement, qui transcende les frontières de la foi pour s’inscrire dans l’Adn de la République. «En plus d’être un rendez-vous spirituel, ce pèlerinage est un patrimoine national en ce qu’il constitue un moment privilégié de communion entre la République et l’Eglise», a-t-il déclaré, saluant une tradition républicaine solidement bâtie sur «l’interaction positive entre le pouvoir public et l’autorité religieuse».
Face aux crises, la clé de la cohésion
Cette année, le Diocèse de Ziguinchor était à l’honneur pour l’animation de la liturgie. Le ministre de l’Intérieur a chaleureusement félicité son évêque, Mgr Jean-Baptiste Walter Manga, pour la beauté de la célébration, ainsi que la profondeur et l’honnêteté de son message pastoral.
L’autorité ministérielle n’a pas occulté le contexte international et sous-régional particulièrement mouvant et anxiogène, marqué par les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine, la crise sécuritaire au Sahel, ainsi que les bouleversements climatiques. Des crises qui «nourrissent parfois la peur», a-t-il reconnu. Si le Sénégal reste un havre de paix, il n’est pas immunisé face aux attentes légitimes de ses citoyens. Pour y répondre, une seule clé : la cohésion. «Notre pays lui-même, bien que solidement attaché à ses valeurs de paix, de cohésion et de stabilité, fait face à des attentes fortes. Ces attentes requièrent la concorde entre Sénégalais. Nous n’avons pas le choix», a martelé le chef de l’ordre public.
Pour le gouvernement, c’est précisément dans ses «ressources spirituelles, traditionnelles et morales» que le Sénégal a toujours puisé la force de surmonter les épreuves de son histoire. Une résilience attribuée en grande partie à l’engagement historique des communautés religieuses et de l’Eglise en particulier.
Un appel à dépasser les clivages politiques
A l’approche des grands chantiers de développement du pays, le ministre a lancé un appel vibrant à toutes les Forces vives de la Nation : pouvoirs publics, autorités religieuses, Société civile, jeunes, femmes et diaspora. Face aux divergences politiques, il a invité les Sénégalais à s’élever au-dessus des clivages : «Malgré les différences de convictions ou de sensibilités, même politiques, qui nous animent, nous formons un seul Peuple, uni par une histoire commune et une géographie commune. […] Nous sommes tenus de partager le même pain parce que nous nous abreuvons tous à la même source.»
Pour conclure son propos, il a salué le travail d’organisation exceptionnel qui a permis la réussite de cet événement d’envergure nationale, adressant ses vives félicitations aux comités d’organisation, aux autorités administratives, aux élus locaux, aux services de santé, aux bénévoles, particulièrement aux Forces de défense et de sécurité, pour ce qu’il a qualifié de «sans-faute». C’est sous la protection de Notre-Dame de Popenguine, et en formulant des vœux de prudence pour le retour des fidèles dans leurs foyers, que le ministre a clos son allocution.
L’Eglise appelle la classe politique à l’introspection et au dialogue
Devant le représentant de l’Etat et un parterre d’autorités, les dignitaires de l’Eglise ont dressé un tableau sans complaisance des inquiétudes de la société sénégalaise. Entre l’angoisse d’une jeunesse touchée par le chômage et un climat social alourdi par les clivages, l’Eglise invite à «s’arrêter pour s’atteler à l’essentiel» : la paix et la cohésion nationale. Portant la parole des évêques, Mgr André Guèye a lancé un vibrant appel à la décrispation sociale et à la consolidation des acquis démocratiques du Sénégal.
Dans un contexte de fortes attentes citoyennes, le guide religieux a exhorté les forces vives du pays à faire du dialogue «un style de vie». Tout en saluant la présence du ministre de l’Intérieur et le soutien logistique et financier constant du gouvernement, l’Eglise n’a pas caché ses préoccupations face aux maux qui assaillent le quotidien des Sénégalais : «L’Eglise partage avec la population sénégalaise ses inquiétudes et se préoccupe vivement de la prééminence de la chose politique sur les difficultés économiques, sociales et sociétales.»
Ecouter la jeunesse et le monde rural
L’accent a été longuement mis sur la détresse de la jeunesse, confrontée au chômage et au désœuvrement, mais aussi sur le désarroi du monde paysan face aux incertitudes climatiques et économiques. Pour y faire face, l’heure n’est plus aux divisions. «Il est temps de nous arrêter au Sénégal, de procéder à une introspection et de nous atteler à l’essentiel qui est l’intérêt général, la cohésion et la paix sociale», a martelé le prélat.
Fidèle à sa tradition de facilitation, l’Eglise a salué la volonté exprimée par le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, de perpétuer la culture du dialogue national. Mgr Guèye a ainsi insisté sur la nécessité d’un échange permanent et sincère avec tous les secteurs en crise (enseignants, étudiants, syndicats, commerçants et paysans) : «J’encourage dès lors toutes les Forces vives de la Nation à oser la vérité, la sincérité du dialogue, en privilégiant les intérêts et les préoccupations des populations à la base.»
Dialogue islamo-chrétien et perspectives d’avenir
Le Pèlerinage de Popenguine a également été l’occasion de célébrer, une fois de plus, le modèle unique d’harmonie islamo-chrétienne du Sénégal. A l’approche de la fête de la Tabaski, des vœux chaleureux ont été formulés à l’endroit de la communauté musulmane, liant la confiance de la Vierge Marie à la soumission de l’exercice de foi d’Abraham.
Enfin, projetant le pays vers l’avenir, les autorités religieuses ont formulé le souhait que les prochains grands rendez-vous internationaux du pays, notamment les Jeux Olympiques de la Jeunesse (Joj) à Dakar et les prochaines échéances de l’Equipe nationale de football, soient des moments de communion nationale : «Ô combien voudrions-nous que les Joj, au pays de la Teranga, soient uniques par la qualité de l’hospitalité. J’appelle à un accueil légendaire, avec les efforts et les sacrifices qu’il faut.»
Par Alioune Badara CISS – abciss@lequotidien.sn
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