Il faut sauver le soldat Kalidou Koulibaly

Pour leur second et avant-dernier match de poule, les Lions du Sénégal, pardon, nos Monstres de la Teranga, ce 23 juin 2026, s’inclinent donc une nouvelle fois devant un adversaire pourtant à leur portée, la Norvège du cyborg Haaland, tout comme la France de l’extraterrestre Olise l’est, le 16 juin, une semaine auparavant.
Dans l’opinion, pour expliquer la déroute, ça pointe du doigt l’entraîneur certes, mais surtout le «Capitaine Courage» des Lions de la Teranga. Accessoirement, la vieille garde, celle qui étrenne deux titres de champions d’Afrique, Sadio Mané et Gana Guèye, figures emblématiques de notre décennie glorieuse.
Dans les vestiaires, quand ils parlent, tout le monde tend l’oreille…
Signe des temps : en finale de Can, devant l’insupportable, quand Pape Thiaw se laisse emporter par ses émotions et renvoie l’équipe aux vestiaires, c’est Sadio Mané qui ramène tout le monde sur le terrain et à la raison : le plus important est de «jouer comme des hommes».

Comme s’il avait lu Kipling.
Ça commence à faire un bout de temps que Kalidou Koulibaly est le maillon faible des troupes qu’il dirige. Déjà, face à la Rdc au Stade des Martyrs, pour la qualif’ au Mondial, le Sénégal prend deux buts qui passent par lui ; à la Can, quelques mois plus tard, en match de poule, le but des Congolais repasse par lui… Entre-temps, le Brésil prend sa revanche en match amical en nous plantant deux buts qui passent également par lui.
En Coupe du monde, la France et la Norvège le comprennent sans doute : l’axe central du Sénégal est une passoire… Ça nous coûtera six buts et bien des incertitudes quant à notre avenir immédiat.
Le premier principe sur lequel une équipe digne de ce nom se doit d’être intraitable, est celui de refuser les raclées, comprenez au moins trois buts de différence. Contre la France, ça a frôlé la correctionnelle, en sauvant l’honneur quand il fallait, mais les héros sont alors fatigués, et leur général, depuis son observatoire, leur en demande bien plus que leurs jambes ne peuvent donner…
On a l’âge de ses artères, c’est connu !
Il faudra quand même admettre que lorsque le Général Pape Thiaw débarque en terre américaine pour conquérir le monde, il n’a pas vraiment toute sa tête… Des questions triviales d’intendance sont à son menu : le Sénégal qu’il sert et honore avec tant de bonheur jusque-là, le traite comme un valet. Ça chipote sur son contrat, ça pinaille sur le standing des tout nouveaux champions d’Afrique.
Quand on a un œil sur son destin et l’autre sur son statut, tous deux chahutés par les nouvelles autorités du foot, même si l’on possède le mythique troisième œil, il ne reste plus grand-chose de la sereine lucidité des grands rendez-vous…
Que se passe-t-il vraiment dans cette «Tanière» qui relève aujourd’hui plus de la pétaudière que de la veillée d’armes pour la gloire ?
Des fuites nous apprennent que le standing de nos champions d’Afrique laisse à désirer : l’hébergement, la restauration et la sécurité ne seraient pas à la hauteur, en plus des atermoiements autour du contrat de l’entraîneur.
Quant au «Douzième Gaïndé» qui remonte le moral des troupes en bien des circonstances depuis des décennies, il doit se demander si tout ça en vaut la peine… Non seulement certains de ses membres sont largués en rase campagne marocaine par un gouvernement dont le Premier ministre se fend d’un aller-retour au Maroc, la bouche en cœur, comme s’il n’y a alors aucun de nos ambassadeurs dans les geôles du Royaume chérifien ; mais encore, pour la Coupe du monde, ça se montre incapable de leur trouver des visas, pendant que les supporters de nos adversaires de poule remplissent les stades…
On aura viré les précédents pontes de la Fédé pour ça ?
Des leaders diminués, on en voit sous tous les cieux, à toutes les époques. Inoubliable, le «Kaiser» Franz Beckenbauer, mythique libéro de l’Allemagne de l’Ouest, finaliste de la Coupe du monde de 1966, vainqueur de celle de 1974, forge sa légende avec son bras en écharpe lors de la demi-finale de 1970, perdue contre l’Italie…
Il brandira le trophée mondial quatre ans plus tard, à Munich, vainqueur de l’une des plus belles armadas de tous les temps, les Pays-Bas, «les Oranges mécaniques» de Rinus Michels et Johann Cruyff, ingénieurs du football total, celui qui nous propulse dans le monde moderne, qu’illustrent les hommes de Zagalo en 1970, menés par Pelé, Tostao, Jairzinho, Rivelino, Gerson, Carlos Alberto et les autres.
Perdre des matchs, tomber au bout des bouts de l’effort, parce que l’on donne tout et même plus que l’on peut, est le destin des sportifs, surtout des plus grands.
Perdre le respect des siens n’est pas celui des vrais champions.
Kalidou Koulibaly mérite le nôtre, éternel. Parce qu’il est depuis longtemps ce roc infranchissable dans tous les stades du monde, au plus haut niveau ; et surtout, pour le Sénégalais irréprochable qu’il est : un modèle de constance, de savoir-vivre et de générosité, à l’instar de sa troupe qui fait notre fierté depuis si longtemps.

Ils ne font jamais la «Une» des faits divers.
Bien au contraire, sans doute dans le sillon d’un des «Lions» de 2002 pour lequel j’éprouve le plus grand respect, Omar Daf, ils se comportent dans la vie comme sur un terrain : en grands messieurs.
En 2004, lorsque le journal que j’édite, Frasques, envoie une escouade de reporters traquer des Lions en Europe, juste avant la Coupe d’Afrique, les reporters Cheikh Tidiane Coly et Diop-le-Maire-des-Photographes, qui sillonnent la France et l’Angleterre, nous ramènent un témoignage qui me marquera pour longtemps…
A Sochaux-Montbéliard, lorsque Jean-Claude Plessis, le président du club, apprend qu’une équipe de journalistes sénégalais vient soupeser Omar Daf, il tient à lui parler. «Omar Daf est un modèle pour nous tous, sur le terrain comme dans la vie», nous apprend-il.
Ce sera l’une des voies que nos doubles champions du monde ne cessent d’emprunter depuis une décennie : des modèles de vertu, de bienséance et de professionnalisme, que tout Sénégalais, quel que soit son domaine, devrait adopter pour porter haut le drapeau national et faire retentir partout dans le monde notre hymne.
Voilà toutes les raisons pour lesquelles nous devons sauver le soldat Kalidou Koulibaly, en le laissant sur le banc. Pour que sa parole dans le vestiaire retentisse avec autant d’autorité.
La relève à laquelle il sert de modèle, saura lui faire honneur…
Par Ibou FALL



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