Le Président américain Donald Trump s’est empressé de déclarer que la guerre qu’il a déclenchée contre le régime islamiste de l’Iran prendra officiellement fin vendredi prochain, avec la signature d’un cessez-le-feu négocié péniblement par le Pakistan. Le dirigeant américain, fidèle à son habitude et à son tempérament, a affirmé que la guerre finit en lui permettant -de concert avec son allié israélien Benyamin Netanyahu- de réaliser tous les objectifs qu’ils se sont assignés en déclenchant les hostilités. Il ne se gêne pas pour proclamer haut et fort que le régime iranien n’acquerra pas de sitôt l’arme nucléaire, ni ne sera en mesure de se le procurer, parce qu’il sera sous haute surveillance internationale, en particulier celle des Etats-Unis. Ce doit être par une inhabituelle pudeur que le chef de l’Exécutif américain n’a pas proclamé une victoire «totale et sans bavure» contre ses ennemis, comme il l’avait imprudemment fait au mois de février dernier, lors du déclenchement de la guerre.
Il n’empêche, ce qui importe au chef de l’Etat américain, est que le trafic reprenne dans le détroit d’Ormuz, que les alliés américains frontaliers de l’Iran ne soient plus sous la hantise de bombardements de drones ou autres missiles iraniens, et que les cargaisons de pétrole et de gaz sortent librement, sans risque de se faire couler ou arraisonner. Sur ce point, la majorité de ces vœux sont en voie de réalisation, et même parfois déjà réalisés. La seule ombre au tableau est la mine sombre du principal allié de Trump dans la sous-région, l’Israélien Netanyahu.
Le Premier ministre hébreu avait misé la suite de sa carrière politique, et même de sa future liberté, sur une victoire totale contre le régime des Mollahs, comme il s’était entendu avec son partenaire. Le changement de stratégie de Trump l’a donc pris au dépourvu, et il s’est senti contraint de forcer la violation du cessez-le-feu en accentuant ses attaques contre les alliés de l’Iran au Liban. Et là aussi, il a fallu toute la poigne de Trump pour que Netanyahu n’aille pas trop loin. Le Président américain ne pouvait accepter qu’une quelconque bavure vienne à compromettre sa décision de mettre fin aux hostilités avec le régime des Mollahs.
300 kg à 3, 67%
C’est là que se dégage toute l’ironie de l’affaire. Trump est tout fier de se vanter des résultats qui ne sont pas différents de ce qu’il avait avant son aventure. Pire, son rodéo militaire a remis aujourd’hui le régime iranien au centre de la géopolitique dans le Moyen-Orient, et menace fortement les intérêts israéliens et la sécurité de l’Etat hébreu dans la sous-région.
Quand on pense que quelques mois avant son départ du pouvoir, le Président Barack Obama était parvenu à convaincre le régime iranien de passer un accord sur le nucléaire, accord dénommé «Plan d’action global commun», plus connu sous son sigle anglais de Jcpoa. Aux termes dudit accord, l’Iran verrait les sanctions qui le frappaient, notamment sur les échanges économiques et sur le gel de son pétrole, progressivement levées tant que le pays acceptait de ne pas enrichir de l’uranium à plus de 3, 67%, et de ne pas posséder plus de 300 kg. Les experts jugeaient que ces mesures empêcheraient le pays d’être en mesure de posséder l’arme nucléaire. Le pays acceptait un contrôle régulier des fonctionnaires de l’Agence internationale de l’énergie atomique (Aiea) pour s’assurer qu’il respectait l’accord. Accord qui, soit dit en passant, était garanti par plus de 8 pays dont toutes les grandes puissances, y compris l’Union européenne.
L’Iran plus fort aujourd’hui qu’avant la guerre
Dès son arrivée aux affaires, Donald Trump s’est empressé de dénoncer l’accord, et de s’en retirer en 2018. Pour faire bonne mesure, il a renforcé encore les sanctions pesant sur les Iraniens, dans l’idée de les voir céder et renoncer au nucléaire, ainsi qu’au soutien qu’ils accordaient aux groupes armés luttant contre le régime israélien et les intérêts américains. Conséquences de la décision du dirigeant américain et de l’indécision de Joe Biden qui lui avait succédé, l’Iran est réputé aujourd’hui détenir plus de 1000 kg d’uranium dont le niveau d’enrichissement va de 3, 67% à 60% selon les quantités. Il faut rappeler que le régime de Téhéran a toujours affirmé ne pas chercher à obtenir de bombe nucléaire, tout en déclarant avoir le droit de pouvoir disposer du nucléaire à des fins civiles, comme n’importe quel autre pays.
Sur les plans militaire et politique, le régime des religieux aux commandes à Téhéran a étendu son influence sur toute la sous-région, en dépit des sanctions particulièrement sévères qui le frappent. Ses voisins arabes se sont rendu compte que malgré la terreur qu’il impose à certains d’entre eux, le pouvoir de Téhéran est un acteur incontournable dans la sous-région. Les Houthis du Yémen, le Hezbollah libanais, ou même le Hamas gazaoui, sans parler du pouvoir de Baghdad, constituent autant de leviers politiques et militaires que les Mollahs peuvent activer au gré de leurs intérêts.
Si les sanctions occidentales ont sévèrement frappé l’Iran, elles ont plus affecté le niveau de vie de la population, sans réduire pour autant les capacités militaires du régime. Dans la région, ou même sur d’autres parties du monde, peu nombreux sont les régimes qui peuvent se targuer de tels résultats dans les mêmes conditions. Donald Trump va donc pérorer vendredi prochain, en voulant faire passer sa déroute politique pour une victoire, il ne trompera que sa personne et ses très proches soutiens, mais même ses alliés israéliens le maudissent du fond de leur cœur.
Une conclusion au miroir du Sénégal
Pour nous Sénégalais, cette affaire irano-américaine est un miroir dont nous pourrions nous servir. Elle nous montre comment des décisions malheureuses peuvent facilement conduire à des résultats totalement différents de ceux proclamés. Nous avons vu ici, en décembre 2024, nos dirigeants négliger de commémorer la mémoire des victimes de la plus grande catastrophe maritime de ce siècle et de celui qui l’a précédé, pour tenir un point de presse qui annonçait avoir trouvé le pays dans une situation économique d’un niveau catastrophique sans précédent.
Cette déclaration, qui allait à l’encontre de toutes les études et enquêtes réalisées auparavant, de toutes les déclarations des fonctionnaires chargés de l’économie et de la gestion financière du pays, allait plonger le pays dans une situation de marasme économique dont, plus de deux ans après, il a de la peine à se dépêtrer. A l’époque, le chef du gouvernement affirmait avoir trouvé le pays «au 4ème sous-sol». Les citoyens et les opérateurs économiques, ainsi que les observateurs neutres, qui jugent les efforts de l’Etat, ont le sentiment que le pays a dépassé, sur les plans social et économique, le fameux 4ème sous-sol, pour s’enfoncer encore plus profondément.
Les répercussions sur le plan social, ainsi que des libertés, continuent à se faire sentir. Durant des mois, la politique a été de mettre des contraintes sur tous les hommes d’affaires dont les affaires étaient prospères sous l’ancien régime. Des fonctionnaires et des politiciens qui ont collaboré avec les précédents dirigeants, se sont retrouvés en prison, dans l’attente de dossiers qui pourraient leur être reprochés. A ce jour, des individus sont encore dans les liens de la détention, sans qu’eux ou leurs proches et leurs avocats ne puissent dire ce qu’il leur est concrètement reproché.
Mais depuis un certain temps, les choses semblent bouger dans le sens d’un rétropédalage. Le plus remarquable pour le moment a été d’entendre l’ancien Premier ministre, qui avait affirmé être au courant d’une certaine «dette cachée» par les tenants du pouvoir précédent, dire aujourd’hui, à la face du monde occidental, qu’il «n’avait pas tous les leviers» sur ladite dette. Son niveau de langage ne permet malheureusement pas de comprendre ce qu’il entendait par ce terme. En plus de cela, le Premier président de la Cour des comptes, qui avait validé le rapport du gouvernement sur la fameuse dette cachée, vient d’être relevé de ses fonctions et de s’offrir une pension de retraite. Alors qu’officiellement, son mandat actuel devait prendre fin en 2028. Ce qui pousse certains à se demander si cette mise à l’écart n’avait rien à voir avec la gestion de cette affaire de la dette.
D’autant plus que le président de la République est en train de revenir, progressivement, sur plusieurs décisions prises par son ancien gouvernement, comme s’il voulait corriger des décisions funestes, qui ont fait stagner le pays et entaché sa réputation. Comme avec Trump, on pourrait peut-être se dire, «tout ça pour ça !» ?
Par Mohamed GUEYE / mgueye@lequotidien.sn
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