Le patriotisme républicain contre le patriotisme insurrectionnel

La guerre picrocholine, à laquelle le président de la République et le président de l’Assemblée nationale se livrent au quotidien, tient toutes ses promesses : nous avons droit à une rixe au cours de laquelle il faut user de tous les stratagèmes possibles pour en finir avec l’adversaire ou l’ennemi. Au grand dam des urgences, puisque nous avons décidé de mobiliser toutes nos énergies pour découvrir lequel des deux protagonistes va remporter le duel. Il faut dire que c’est un spectacle à la fois tragique et passionnant. Tragique, parce que le «peuple souverain» a confié le pouvoir politique au tandem pour qu’il relève les défis auxquels il est confronté ; mais, contrairement à ses attentes, les deux hommes, après deux longues années aux affaires, des années marquées par un capharnaüm inédit dans tous les domaines, ont décidé de se battre en duel, avec une insouciance qui choque la pudeur, pour leurs ambitions de pouvoir, avec une insouciance si obscène ; passionnant, parce que c’est une guerre qui est surtout marquée par la célérité des rebondissements et des inimitiés, et dont les champs de bataille sont innombrables : elle se joue dans les institutions, dans la politique et dans les imaginaires (avec le vocabulaire de la trahison que le parti Pastef utilise à l’envi). De fait, le spectacle ne fait que commencer.
Comme l’ont souhaité les républicains, à savoir celles et ceux pour lesquels la République a un sens, le Président Faye a décidé de se radicaliser. Cette radicalisation est une réponse aux croisades de Sonko et ses hommes : face à l’entreprise de délégitimer et de démembrer l’institution présidentielle, il faut défendre les institutions ; et ce travail devait passer par une métamorphose du chef de l’Etat. Qui est devenu extrêmement violent et impudique envers ses anciens camarades, ceux avec lesquels il a mené naguère la «révolution». Entre les deux parties émerge une inimitié insoupçonnée et surtout porteuse de violence.
Droit de rétorsion
Le Président Faye avait décidé, dès son accession au pouvoir, de se méfier des partis politiques pour, disait-il, se mettre «au-dessus de la mêlée». L’on savait que cette décision, quoique mirifique et salutaire en théorie, est un vœu pieux, puisque, de fait, l’exercice du pouvoir dans notre pays exige une assise politique assez solide. Surtout dans ce champ politique si particulier et si hostile, marqué par la défiance de ses anciens alliés, qui veulent lui tailler des croupières. L’on peut dire avec optimisme que la reconfiguration des schèmes politiques a contraint le président de la République à se renier : il ne peut pas se priver d’une formation politique au moment où ses frères d’armes s’attaquent à lui.
Aussi fallait-il créer un nouveau parti politique pour répondre aux défis que pose le gouvernement de nos compatriotes, quitte à abandonner certains engagements. La création du parti Kiiray offre à la République de nouveaux patriotes, des «patriotes républicains» qui ne feront pas de l’insurrection une technologie de conquête du pouvoir, contrairement aux autres patriotes dont le goût pour la sédition est une évidence. En effet, le Président Faye a trouvé les ressources morales et politiques nécessaires pour enfin mettre les mains dans le cambouis et en finir avec Sonko ou la violence incarnée. Dans un discours très musclé, il a revendiqué, non sans enthousiasme, son droit de rétorsion (au sens vieilli du mot : retourner contre l’agresseur les armes qu’il a lui-même utilisées) face aux attaques dont il est victime.
Dans son combat avec ses anciens compagnons d’infortune, il doit utiliser les armes dont il dispose. Puisque la démocratie est aussi un jeu au cours duquel les parties en conflit doivent avoir la possibilité de s’appuyer sur les mêmes ressources politiques, financières, institutionnelles, etc. Toujours est-il que cette rixe doit être circonscrite entre les deux forces hégémoniques dont l’action sur notre pays n’est pas fructueuse : sans doute faut-il ghettoïser leurs discours. Le Président Faye a visiblement l’ambition de capturer certaines forces de l’Apr. C’est une entourloupe dont l’ancien parti au pouvoir (dont le dynamisme est spectaculaire : mobilisations collectives, production de connaissances, souci de régénération, etc.) doit se méfier, parce qu’il court le risque de s’embourber dans l’aventurisme du camp présidentiel et de ses anciens amis.
Par Baba DIENG



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