Le train de l’Histoire

Le Président Bassirou Diomaye Faye a officiellement annoncé, lundi 20 juillet, le soutien de l’Etat du Sénégal à la candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations unies. Par un communiqué du ministère de l’Intégration africaine et des affaires étrangères, le chef de l’Etat a instruit le gouvernement ainsi que l’ensemble du réseau diplomatique sénégalais de se mobiliser pour promouvoir cette candidature auprès des Etats membres de l’Onu. Ambassades et représentations sénégalaises à l’étranger sont désormais chargées de défendre cette candidature à l’international. Le texte va plus loin en présentant la démarche de l’ancien Président non plus comme une initiative personnelle, mais comme une candidature portée par la Nation tout entière, «au service de l’Afrique et d’un multilatéralisme plus performant». Bassirou Diomaye Faye a d’ailleurs invité l’ensemble des Forces vives du pays à soutenir cette candidature. Cette décision fait suite à une audience accordée la semaine dernière par le Président Faye à son prédécesseur au palais de la République, au cours de laquelle Macky Sall était venu lui exposer son projet. Le ministère des Affaires étrangères a qualifié cette rencontre de moment «empreint de cordialité et de courtoisie républicaine», y voyant le signe de l’attachement du chef de l’Etat «au dialogue, à la continuité de l’Etat et au rassemblement autour des intérêts supérieurs de la Nation».
Sur ses plateformes numériques, Macky Sall a remercié chaleureusement le Président Faye, saluant une décision qui, selon ses mots, l’honore profondément. «J’ai pris connaissance du communiqué du ministère de l’Intégration africaine et des affaires étrangères de ce 20 juillet 2026, annonçant le soutien du Sénégal à ma candidature au poste de Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies. Je remercie chaleureusement Sem le Président Bassirou Diomaye Faye et lui exprime ma gratitude pour cette décision qui m’honore», dira Macky Sall.  La réaction, publiée dans l’heure suivant le communiqué officiel, témoigne de la rapidité avec laquelle ce dossier a été mené : reçu vendredi à Dakar, l’ancien chef de l’Etat obtenait dès le lundi suivant l’appui institutionnel qu’il recherchait.

De démarche personnelle à dossier national
Au-delà du geste protocolaire, cet appui présidentiel change profondément la portée politique de la candidature. Une candidature individuelle à la tête du Secrétariat général de l’Onu, aussi crédible soit-elle sur le papier, ne pèse guère face aux candidatures adossées à l’appareil d’Etat d’un pays membre : dans un système où les postes de direction des grandes organisations multilatérales se négocient d’abord entre gouvernements, un candidat sans Etat derrière lui reste, quelles que soient ses qualités personnelles, un acteur de second rang. En officialisant son soutien, Dakar transforme donc une démarche personnelle en dossier national. Un basculement que le communiqué ministériel décrit lui-même comme conférant à la candidature de Macky Sall «une légitimité institutionnelle pleine et entière».
Ce basculement a des implications concrètes. Il permet désormais de mobiliser l’ensemble de l’appareil diplomatique sénégalais (ambassades, représentations permanentes auprès des Nations unies et missions bilatérales) pour porter le nom de Macky Sall auprès des chancelleries étrangères, alors que, jusqu’ici, seuls son entourage et ses réseaux personnels plaidaient sa cause. Il change aussi la nature des interlocuteurs : ce ne sont plus des émissaires privés qui portent le message, mais des ambassadeurs en exercice, s’exprimant au nom de l’Etat sénégalais lors de rencontres bilatérales, de sommets régionaux ou de sessions à l’Assemblée générale. Enfin, il ouvre la voie à des soutiens croisés : un Etat qui parraine officiellement une candidature peut, en retour, solliciter l’appui d’autres capitales avec lesquelles il entretient des relations privilégiées, dans une logique classique de réciprocité diplomatique. C’est précisément cette bascule, c’est-à-dire le passage du plaidoyer personnel à la diplomatie d’Etat, qui distingue une candidature de conviction d’une candidature ayant une chance réelle d’aboutir.
Le Président Diomaye Faye a manifestement compris qu’il ne fallait pas rater le train de l’histoire : porter un Sénégalais à la tête des Nations unies constitue une occasion rare qui ne se reproduira pas de sitôt, et s’y opposer ou s’en tenir à l’écart par calcul politicien et partisan aurait exposé le chef de l’Etat à l’accusation inverse ; celle d’avoir fait passer une rivalité politique avant l’intérêt supérieur de la Nation. En choisissant de s’associer pleinement à cette candidature, il s’assure de figurer, quelle que soit l’issue du scrutin, du bon côté de l’Histoire diplomatique nationale.

2029 en ligne de mire
Ce ralliement ne peut s’analyser hors de son contexte politique intérieur. Il intervient alors que la relation entre le Président Diomaye Faye et le président de l’Assemblée nationale Ousmane Sonko traverse une phase de tension ouverte. Dans ce climat, tout geste posé par le chef de l’Etat à l’endroit d’une figure aussi clivante que Macky Sall prend une résonance politique qui dépasse le strict cadre diplomatique.
Le soutien peut ainsi se lire à double niveau. Il y a d’abord la lecture officielle, celle d’un geste d’unité nationale placé au-dessus des clivages partisans. Il y a ensuite une lecture plus stratégique, celle d’un repositionnement calculé dans la perspective de 2029 : en appuyant Macky Sall à ce moment précis, Diomaye Faye pourrait chercher à élargir sa base de soutiens, ou à transformer une candidature victorieuse en capital politique partagé.
Ces deux lectures méritent d’être posées sans trancher prématurément. Les deux logiques ne s’excluent d’ailleurs pas nécessairement, comme c’est souvent le cas en diplomatie.
Le soutien a par ailleurs suscité une adhésion enthousiaste dans une partie de l’opinion, où ce geste est présenté comme relevant du patriotisme et de la grandeur d’âme plutôt que du calcul. A l’inverse, des voix plus critiques, y compris dans les rangs proches du pouvoir, s’interrogent sur l’opportunité de ce geste envers une personnalité dont le bilan de gouvernance a fait l’objet de vives contestations de la part même de la coalition aujourd’hui aux affaires. Ce contraste entre le discours d’unité affiché et l’historique conflictuel entre les deux camps pourrait nourrir un débat sur la cohérence de la ligne présidentielle.

Au-delà des clivages du moment
Sur le plan diplomatique, le soutien d’un Etat membre ne garantit pas une victoire. L’exemple de l’ancien ministre Amadou Hott, candidat à la présidence de la Banque africaine de développement (Bad), est là pour nous le rappeler. La désignation du Secrétaire général reste tributaire de tractations entre les membres permanents du Conseil de sécurité et d’équilibres régionaux tacites. Le principe non écrit d’une rotation continentale joue ici un rôle déterminant, et il semblerait que cette fois, c’était au tour de l’Amérique latine.
Sur le plan intérieur, cette mobilisation diplomatique pose une question de moyens et de priorités, à un moment où le gouvernement est par ailleurs engagé dans des négociations économiques sensibles, notamment avec le Fmi. Mais disons-le net, le rayonnement diplomatique du Sénégal n’a pas de prix.
A travers ce soutien du président de la République au candidat Macky Sall, le Sénégal a démontré qu’il est et restera une grande Nation diplomatique. Au-delà des sensibilités politiques, lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts supérieurs de la Nation, l’unité doit prévaloir. Depuis les indépendances, notre pays joue un rôle majeur dans le dialogue, la médiation et la recherche de consensus sur la scène internationale. Il continuera d’assumer pleinement sa place au sein des plus hautes instances mondiales, fidèle à sa tradition de paix, de stabilité et de rayonnement diplomatique. Que cette candidature aboutisse ou non, elle aura au moins eu le mérite de rappeler que la diplomatie sénégalaise sait mobiliser ses forces au-delà des clivages du moment. Le Sénégal est en effet un petit pays avec de grands Hommes.
Par Bachir FOFANA



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