Pape Thiaw, le p’tit doigt derrière lequel toute une Fédération se cache

Une lueur dans la grisaille : après le pitoyable déballage du président de la Fédération de foot, auquel le sulfureux Secrétaire général s’apprête à rajouter de l’indécence via les médias, pour nous expliquer la déroute des Lions, le ministère des Sports décide d’abréger notre supplice.
En rajouter à la honte de la honte, ça ferait un peu beaucoup ?
Le débat est ouvert, après la déroute du Sénégal au Mondial. La Fédération sénégalaise de football en est réduite à fournir des explications après cette odyssée désastreuse. Rarement, à mes yeux, des Sénégalais, à ce standing de la rencontre des mondes, auront autant manqué de classe, comprenez cette faculté à inspirer le respect.
C’est vrai, en 2002, nos Lions vont jusqu’en quart de finale et butent sur une Turquie opportuniste. Mais les footeux de cette équipe qui portent nos couleurs ne ressemblent en rien à des ambassadeurs d’un pays qui inspire le respect dans le monde entier.
Avant le démarrage de cette compétition qui braque les caméras du monde entier sur ce qui passe pour l’élite mondiale, la délégation sénégalaise se distingue dans les faits divers… Une de ses stars laisse sa main baladeuse emporter de la pacotille.
Un chapardage qui fait le tour du monde, bien entendu.
Fadiga, puisque c’est de lui qu’il s’agit, devant la bronca mondiale, voit un bloc faire barrage autour de lui. Ce sont nos ennemis qui orchestrent cette erreur de jeunesse, une blague de potache, qui ne devrait pas prêter à conséquence…
Le délinquant est même partant pour le match d’ouverture, contre la France, alors championne du monde.
Les Lions de la folle épopée de 2002 ne manquent pas de panache : bien au contraire, le doute ne les habite pas. Ils n’ont juste pas de tenue, de savoir-vivre. Les bagarres en boîte de nuit, ça les connaît ; les plans culs qui finissent en épousailles mal venues, ça leur arrive ; les allées du pouvoir leur sont ouvertes…
Ils se croient tout permis.
Ils sont à l’image des arrivistes du régime surgi de l’alternance de 2000 : même sans-gêne, même égocentrisme et pareille faconde.
Ça ne doute de rien…
Il faudra une décennie aux Sénégalais pour se rendre compte que le régime Wade tourne à la gérontocratie égocentrique, que des courtisans plus voraces qu’efficaces entretiennent quand ils en ont le temps : les affaires n’attendent pas…
Adja Khar Mbaye Madiaga, qui leur rappelle, tout ce temps, le sens de l’honneur, le devoir de virilité, meurt entre-temps.
C’est sans doute à ce moment que l’on devrait commencer à douter ?
Certes, l’élimination de notre équipe, si belle, si prometteuse, est une douleur indicible. Elle a si fière allure, surtout après deux exploits mémorables : la «remontada» du Stade des Martyrs, pour chercher la qualif’ au Mondial 2026 et le hold-up de la Can, lorsque Pape Guèye, au terme d’une contre-attaque d’anthologie, nettoie la lucarne du goal marocain.
C’est pratiquement gagné. Les autres étapes restent des jeux d’enfants…
Lors de la finale de la Can à Rabat, on épiloguera encore longtemps sur le pétage de plombs de Pape Thiaw, cet entraîneur hors de lui, qui renvoie ses joueurs aux vestiaires, pendant que la terre entière retient son souffle et que Sadio Mané se pose les bonnes questions.
Ça finit par le désaveu d’un entraîneur par ses joueurs qui décident de «jouer comme des hommes», comprenez perdre, peut-être, mais avec le ballon entre les pieds…
Le titre continental, arraché si durement après un boulet de canon de Pape Guèye alors que plus un Sénégalais n’y croit, quel que soit le verdict du Tas, restera gravé dans notre Adn.
Tomber, malgré tout, en 16es de finale durant un mondial, relève de la loi du sport.
Il est des pays qui célèbrent juste leur petit pied posé au deuxième tour du mondial ; le Cap-Vert déifie ses héros depuis que l’Argentine, championne du monde sortante, lui a fait l’honneur de peiner à le vaincre. C’est si inespéré, pour ces gens-là, de tenir tête à Messie…
Les Lions du Sénégal, vaincus par la France et la Norvège, des équipes à leur portée, éliminés par une Belgique baladée soixante-dix minutes, n’osent même pas rentrer : la honte les tenaille…
Ils ne perdent pas seulement un match face aux Belges : ils illustrent notre décadence… Nos Lions n’inspirent plus le respect depuis les matchs de préparation. Ces ambassadeurs qui nous permettent depuis une décennie de bomber le torse dans le monde entier, en six mois, inspirent la commisération.
En vrai, ils sont le château de cartes qui cache la misère nationale, que la Fédération sénégalaise de football illustre à la perfection : le gagne-petit qui marchande quatre mois le contrat d’un acteur majeur de notre prestige mondial est le symbole de notre sous-développement…
A l’image du régime de l’alternance survenue en 2024, ça n’y comprend rien et confond tout.
Le sport, en dépit de tout ce qui se fait chez nous depuis l’indépendance, dans un pays largement jeune, est l’employeur préféré de la majorité, l’ambassadeur de notre savoir-faire, de notre vitalité, qui fait résonner notre hymne et flotter notre drapeau partout dans le monde…
Tout comme la culture.
C’est sans doute le moment de clore ce chapitre douloureux de l’amateurisme dans notre plus grande richesse et passer à l’ère moderne. Dans cet imbroglio, Pape Thiaw ne saurait être le bouc émissaire…
Je ne sais pas vous, mais moi, la coiffe de la ministre des Sports m’inspire confiance à ce sujet.
Par Ibou FALL



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