«Sunu Csu» : quand l’administration met ses aînés à l’épreuve

Au Sénégal, nous avons le génie des réformes silencieuses. Un beau matin, sans prévenir personne, les procédures changent, les habitudes sont bouleversées, et les citoyens découvrent, au détour d’un guichet, qu’ils vivent désormais dans un nouveau monde dont seuls les initiés possèdent le mode d’emploi.
La dernière illustration de ce talent national m’a été offerte par Sunu Csu, héritière de l’ancienne Couverture maladie universelle. Il y a encore quelques mois, les démarches liées au Plan Sésame étaient relativement simples : une ordonnance médicale, une pièce d’identité et un déplacement à l’hôpital suffisaient pour effectuer des analyses prises en charge.
Mais cela, semble-t-il, appartient désormais au passé.
Me présentant récemment à jeûn à l’hôpital Fann pour mon bilan sanguin semestriel prescrit par mon cardiologue, j’ai appris, avec la délicatesse administrative qui caractérise certaines de nos institutions, que la procédure avait changé. Désormais, il faudrait d’abord obtenir une mystérieuse validation auprès du district sanitaire de son quartier avant d’espérer accéder aux prestations autrefois disponibles directement à l’hôpital.
La réforme elle-même n’est pas le problème. Toute administration a le droit d’évoluer. Ce qui interroge, en revanche, c’est cette étrange conception du service public selon laquelle les nouvelles règles ne doivent être connues que des agents chargés de les appliquer, tandis que les usagers sont condamnés à les découvrir au prix d’allers-retours inutiles, de journées perdues et, dans le cas des personnes âgées, d’heures de jeûne imposées par des examens médicaux.
Dans quel pays sérieux considère-t-on comme normal qu’un septuagénaire se présente à jeûn dans un hôpital public pour apprendre, après coup, qu’il lui manque un document ou une formalité dont personne ne lui avait parlé ?
A entendre certains responsables, la «transformation systémique» serait en marche. Fort bien. Mais une réforme qui désoriente les usagers les plus vulnérables ressemble moins à une transformation qu’à un gigantesque exercice d’improvisation administrative.
On nous parle de numérisation, de modernisation et d’efficacité. Pourtant, la première des modernités consisterait peut-être à informer les citoyens avant de modifier les règles qui gouvernent leur quotidien. Un simple communiqué, quelques affiches dans les hôpitaux, des annonces à la radio ou à la télévision auraient suffi à éviter cette confusion.
Le plus préoccupant est ailleurs : dans cette impression grandissante que certaines administrations réforment pour elles-mêmes et non pour ceux qu’elles sont censées servir.
Le Plan Sésame avait été conçu pour soulager les personnes âgées. Il serait regrettable qu’il finisse par devenir, pour elles, un parcours d’obstacles où l’on teste davantage leur patience que leur état de santé.
Nos anciens n’attendent ni privilèges ni compassion excessive. Ils réclament simplement ce que toute administration digne de ce nom devrait garantir : des règles claires, une information accessible et un minimum d’égards pour ceux qui ont déjà tant donné à leur pays.
Abou FALL
Citoyen sénégalais bénéficiaire du Plan Sésame
Cité Asecna, Rufisque



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