Le culte du chef repose sur deux choses : premièrement le mettre au-dessus de toutes les valeurs ; deuxièmement culpabiliser toute forme d’opposition à son autorité factice ou réelle. Dans son livre De la beauté de la violence, Michel Lacroix explique comment le lavage de cerveau était le premier palier vers la divinisation de la personne du chef. Pour ce faire, il était obligatoire de faire allégeance au Führer en déclarant publiquement qu’on lui préfère ses propres parents. Le procédé psychologique qui est derrière ce manège est que plus on dissolvait sa personnalité précaire ou insignifiante dans celle du chef, davantage on la renforçait, et le chef, devenu un Soleil au zénith, illuminait tous ses sujets qui deviennent du coup des êtres participant de cet absolu qu’ils ont pourtant créé.
Le débat actuel sur les fonds politiques est paradoxalement destiné à absoudre celui qui en a, et sans légitimité, bénéficié le plus. On l’absout en incriminant celui qui est sans aucun doute le moins intempérant dans la consommation de ces fonds. Pastef a agi de mauvaise foi. Ils en parlent non pour trouver une solution, mais pour semer le doute et légaliser un «crime» déjà commis. Les Sénégalais doivent savoir que beaucoup de départements ministériels aux Etats-Unis disposent soit de fonds discrétionnaires, soit de fonds spéciaux. Le système américain est certes différent de celui du Sénégal, mais il faut dire que l’esprit est le même. L’ignorance et la mauvaise foi ont malheureusement perverti la perception que le sens commun a de ces fonds politiques.
Il se trouve que la seule ressource qui reste à ce parti est la réalité alternative : ils n’ont ni l’expérience ni la compétence. L’important pour eux, c’est de mentir et de s’accrocher à leurs mensonges comme à la prunelle de leurs yeux. Leur passage au pouvoir a largement montré leurs carences dans tous les domaines, à commencer par celui de l’élaboration des lois. Prétendre que le Conseil constitutionnel roule pour Diomaye et ne valide que les lois que souhaite ce dernier, c’est un cynisme sans pareil après tant de progrès dans le domaine de la séparation des pouvoirs dans notre pays.
Proférer un tel mensonge devant les Sénégalais ne relève pas de la simple mythomanie, c’est un manque de respect notoire envers ses partisans. C’est à se demander si ce type ne prend pas ses militants pour des enfants en agissant exactement comme le cuisinier qui, au lieu de prescrire des portions amères, mais efficaces à ses jeunes patients, préfère abuser de leur crédibilité en les gavant de mets agréables, mais sans vertu thérapeutique (cf. Platon, Gorgias, 521e-522a). Ces enfants manipulés par le cuisinier vont sans doute accuser le médecin qui leur prescrit des portions amères de leur vouloir du mal. Ousmane Sonko agit exactement comme ce cuisinier.
Cette déclaration traduit également un manque de sérénité, un affolement général d’un menteur qui n’a plus suffisamment de ressources pour mentir. Ce type est rationnellement rongé par quelque chose qui dévore méchamment sa conscience et son bon sens. Mentir de façon aussi stupide et éhontée est la preuve d’un narcissisme exacerbé.
Accuser le Conseil constitutionnel d’une telle forfaiture, c’est une déclaration de guerre contre la République. Ce monsieur sait qu’il ne peut plus compter sur les valeurs et le bon sens, il s’inscrit désormais dans la sphère de l’irrationnel, voire de l’arraisonnement de la pensée. Comment peut-on, pour des mobiles politiques, dire une telle ineptie ? Dresser les jeunes contre les membres du Conseil constitutionnel ? Ce monsieur, qui devrait faire profil bas, a décidé de s’attaquer à la République. Il sait que tant que la République existe, ses inepties et autres gamineries sont vouées à l’échec.
On sent le désarroi dans la litanie de ses bévues : inonder le Conseil constitutionnel de lois dans le seul but de se venger de ses décisions, ce n’est plus de l’enfantillage, c’est de l’irrédentisme. Utiliser le Parlement pour panser ses blessures narcissiques au lieu de s’attaquer à sa propre ignorance et à ses faiblesses techniques en matière législative et légistique, c’est le comble du narcissisme. Quelle honte ! Proposer des lois pour chahuter le Conseil constitutionnel ! Quelle mesquinerie ! Jamais dans l’histoire politique de l’humanité, excepté les parenthèses fascistes, on n’a vu pareil délire.
Aucun argument à opposer à la décision du Cc, on préfère l’invectiver et le jeter en pâture aux instincts ressentimistes de la foule. Au lieu d’élever la conscience de ses militants, il l’affaisse pour la promotion de sa personne. Ousmane sait très bien qu’il a fauté, qu’il est incompétent pour concevoir des lois affranchies des gémissements de son moi rongé par le ressentiment. Cette déclaration débile rappelle le comportement des mauvais élèves qui ont la fâcheuse habitude d’imputer la faiblesse de leur niveau ou de leurs notes au professeur. Ousmane Sonko a toujours agi de la sorte : de sa radiation de la Fonction publique à l’affaire de diffamation qui l’oppose à Mame Mbaye Niang, en passant par l’affaire Sweet Beauté, il a toujours refusé de faire face à ses responsabilités. En se défoulant de la sorte sur le Conseil constitutionnel, il surfe sur la vague de l’irresponsabilité qui rythme la vie des partis populistes. Dire une chose pareille en République est une apostasie de la République.
Alassane K. KITANE
from Lequotidien – Journal d'information Générale https://ift.tt/IvSkipO
Commentaires
Enregistrer un commentaire