A quel moment la République du Sénégal, accouchée au forceps en 1960, construite dans la patience, l’intelligence des situations, le don de soi et le sacrifice de ses meilleurs enfants, s’est-elle assoupie au point de céder le fauteuil de dauphin constitutionnel par une monstruosité ?
Imaginez un peu, Bassirou Diomaye Faye définitivement empêché, la Constitution installe légalement le président de l’Assemblée nationale par effraction, Ousmane Sonko, au palais de la République pour quarante jours d’intérim…
Il y ferait quarante ans, et seule la mort pourrait lui faire perdre le pouvoir… On l’imagine d’ici : l’ancien Premier ministre qui menace de ses foudres quiconque ose évoquer ses, euh, clandestins fonds politiques, devenu chef de l’Etat par intérim, assis sur une caisse noire présidentielle votée par un Parlement à sa dévotion.
Ce serait en plus ridiculement tragique, le remake de Néron en extase devant le spectacle de Rome qui brûle.
Tout a un début…
En 1981, lorsque l’Etat, par la loi 81-67 du 6 mai 1981, permet à n’importe quel citoyen de créer un parti, sous forme d’association, contrairement à l’opinion la plus partagée, ce n’est pas une ouverture démocratique, mais une ruée vers l’or.
Au début, ils sont environ quarante. Aujourd’hui, plus de trois cents…
Ça applaudit des deux mains en 1981 depuis tous les coins de la planète, pour plébisciter ce grand bond africain vers l’authentique démocratie. Après la renonciation volontaire au pouvoir du Président sortant cinq mois auparavant, ne voilà-t-il pas que le Sénégal se remet à épater le monde avec sa sophistication républicaine ?
En réalité, notre pays vient plutôt d’ouvrir les vannes qui déversent sur la scène publique, la cupidité industrielle habillée de fourberie artisanale et de vanité artistique.
Il suffit juste d’oser…
C’est ce qui nous conduit à tant de candidatures aux fonctions électives depuis 1983, qui finissent par produire en 2024 l’improbable élection d’un inspecteur des Impôts qui n’a, à ce moment-là, de la gouvernance d’un Etat qu’une vague idée préconçue et quelques principes naïfs.
Ça aurait pu être pire : le psychédélique peuple du Sénégal oserait élire en 2024 Ndella Madior Diouf, laquelle, tout comme le duo «Diomaye môy Sonko», se trouve en détention provisoire…
Certes, les dégâts de «l’Ecole Nouvelle» lancée après 1983 sous Abdou Diouf par Iba Der Thiam, ne finissent pas de nous faire payer au prix fort l’étendue des préjudices d’une école au rabais, avec ses fournées de cadres médiocres, sans tenue ni le moindre sens de la République.
Qui croirait que des produits de l’Ecole nationale d’administration appelleraient à brûler le pays, saccager les édifices publics et hacher menu, comme un vulgaire et appétissant goret, le Président, la première institution de la République ?
L’arrivée de Ousmane Sonko en politique relève d’un accident de l’Histoire, provoqué par le régime Apr : ça fabrique une opposition avec des p’tits fonctionnaires affamés sortis de l’Ena tropicale, certes, qui se prennent pour des loups aux dents longues mais sans réelle ambition… Cette portée d’inspecteurs des Impôts et domaines sans bagage intellectuel, en 2012, se réjouirait sans plus de chichis que ça de quelques tonitruantes promotions dans des directions de prestiges moyens, juste pour flatter les égos et améliorer l’ordinaire, tout en vivant de faux espoirs.
L’inculture et la mauvaise éducation généralisées feront le reste.
Lorsque Macky Sall instrumentalise son gouvernement et sa majorité parlementaire en 2024 pour effacer des crimes contre la Nation sénégalaise, alors qualifiés de politiques, il effectue une sortie de route institutionnelle qui ouvre l’ère de l’irrationnel dans les ultimes cercles barricadés de la République…
Une incongruité qui nous fait assister au spectacle inquiétant d’un candidat en détention provisoire pour outrage à magistrat, élargi de prison pour accéder à la… Magistrature suprême ; tandis qu’un parti dissous pour atteinte à la sûreté de l’Etat et autres activités subversives se permet de distribuer à ses dignitaires les plus hauts postes de responsabilité d’une République qu’ils brûleraient volontiers le mois précédent.
Rarement le Sénégal aura été trahi à ce point par un de ses enfants auquel il aura donné plus que de raison…
On épiloguera longtemps sur un prétendu «Protocole du Cap Manuel» au terme duquel Macky Sall, longtemps accusé des sept péchés d’Israël par ses irascibles opposants, livre son pays sans états d’âme à ces derniers, après qu’ils l’auront brûlé et mis à sac trois années durant. Des folies collectives de 2021 à 2024, qui feront plus de quatre-vingts morts, des milliers de blessés et des milliards de francs Cfa en dégâts matériels…
Pour Macky Sall, à ce moment-là, l’essentiel est ailleurs : n’osant pas ouvertement se représenter à la Présidentielle de 2024, il désigne un candidat qui signe la fin de sa carrière politique au Sénégal en cas de succès. Que se passe-t-il donc dans la tête de l’ancien Président lorsqu’il décide de poignarder son successeur putatif Amadou Bâ ?
Ne lui pardonne-t-il pas son refus de cautionner le report des élections qui remettrait en jeu Ousmane Sonko, Karim Wade et… Macky Sall lui-même ? Le Président sortant croit-il vraiment que son poulain officiel serait alors derrière Pastef et qu’il aurait un accord secret pour gouverner avec les «Patriotes» une fois au pouvoir, après l’élargissement de Ousmane Sonko et la réhabilitation de Pastef dont les patrons sont ses anciens étudiants ? Ça va jusqu’à accuser le Conseil constitutionnel de corruption pour installer, depuis, le pays dans une sorte de déraison chronique.
L’essentiel, finalement, sera pour lui de quitter la galère sain et sauf à bord de l’avion présidentiel, avec la reconnaissance éperdue de ses détracteurs, à la merci desquels il livre ses proches, ses amis, ses militants…
On finit par une note d’espoir dans la grisaille ?
Patrick Vieira succède à Pape Thiaw comme sélectionneur national : le pays de la Téranga, qui est aussi le sien, lui souhaite la bienvenue dans la fosse aux Lions…
Par Ibou FALL
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