Oumou Coultouly et Fatou Bintou, la République vous doit toujours justice…

Ah, les fastes de la République… Samedi passé, le 1er août 2026, sous les ors de la Présidence, le gratin de la Commission nationale des droits de l’Homme, conduite par sa distinguée présidente, la professeure Amsatou Sow Sidibé, remet officiellement au président de la République un rapport d’activités couvrant les années 2023, 2024 et 2025. Ça a dû passer des nuits blanches, stresser et plancher d’arrache-pied pour y arriver…
Le résultat ?
En guise de recommandations, ça retient, entre autres, l’impérieuse nécessité d’augmenter les budgets de la Cndh. C’est une évidence, n’est-ce pas… Avant d’instituer, dès décembre 2026, sous les lambris du Palais, «un prix national des droits de l’Homme». Et puis, accessoirement, entre deux agapes, accomplir l’impossible mission de «mieux protéger les droits des enfants, des femmes et des personnes handicapées».
Cruelle coïncidence : ce même jour existe une insoutenable tragédie à se rappeler…
Le 1er août 2023, à Yarakh, dans un bus Aftu, sur la ligne 65, Oumou Coultouly et Fatou Bintou Diallo, deux sœurs, sept et vingt-et-un ans, meurent brûlées vives, des suites d’un jet de cocktail molotov qui fait également cinq blessés graves par brûlures.
Autrement dit, un attentat terroriste emporte deux vies innocentes.
Quelques semaines après, les enquêteurs identifient neuf suspects dont sept encagoulés et procèdent à quatre arrestations : Al Hassane Sow «Sonko», El Hadj Malick Sy, Ndiaye Bâ et Alioune Dia «Diego Maradona»…
Le cerveau présumé de cette horreur, un certain Serigne Saër Fall, emprunte les chemins du Nicaragua et atterrit à New York où il se fait arrêter. L’Etat sénégalais le signale aux services américains comme terroriste mais il plaide la persécution d’une dictature sanguinaire et joue, jusqu’à ce jour, les prolongations…
Il en manque deux, concernant la troupe meurtrière, certes, mais il reste surtout à faire payer les commanditaires de cette horreur.
Hasard de calendrier ? Ousmane Sonko se fait arrêter le 28 juillet 2023, soit trois jours auparavant… Devant les enquêteurs, ces braves messieurs évoquent la dissolution de Pastef comme détonateur de leur furie destructrice. C’est là sans doute que toute l’ignoble forfaiture de la loi d’amnistie, proposée par Macky Sall et votée par Bèn Bok Yâkâr, révèle toute sa monstruosité.
Ils n’en ont rien à foutre de deux misérables vies…
Et dire que tous ces braves gens dorment du sommeil du juste depuis 2023, se pavanent à travers le monde, et rêvent d’encore plus de grandeur. Macky Sall, qui ne doute de rien, après ses illusions de gouverner le monde, va devoir malgré lui se rabattre sur le p’tit fauteuil de l’avenue Senghor que Bassirou Diomaye Faye lui chauffe entretemps…
Ce n’est pourtant pas la première fois que la «raison d’Etat» ferme les yeux devant les manquements de la République.
Rappelez-vous, le 15 mai 1993, avenue des Am­bas­sadeurs : Assane Diop, Pape Ibrahima Diakhaté et Clédor Sène assassinent Maître Babacar Sèye, le vice-président du Conseil constitutionnel. Très vite, ils sont pris et passent à table : on en connait les commanditaires.
Dans les officines de la République, il est même question de dissoudre le Pds dont les pontes sont cités, et font quelques jours de garde à vue. Et puis, ô miracle, il n’y a plus de commanditaire, ni de complice : Seuls les trois supplétifs qui tergiversent et s’offrent le luxe d’accuser des dignitaires socialistes se retrouvent en cour d’assises.
Maître Wade et sa smala innocentés, les bonnes affaires reprennent entre Ps et Pds.
C’est sans doute à ce moment de défaillance incompréhensible de l’Etat qui ferme les yeux devant l’assassinat d’un de ses plus augustes serviteurs que notre République prend la pente descendante. Je ne le dirais jamais assez : la rare faute de Senghor mais la pire, est d’avoir fait de Abdou Diouf un chef d’Etat…
Et c’est sans doute, l’assassinat partiellement impuni de Maître Babacar Sèye qui signe la fin du régime socialiste. Le Pds prendra l’ascension sur un Ps sans génie, sans orgueil, tout juste soucieux de son confort égocentrique, à l’image de son président.
Abdou Diouf, l’inter-minable administrateur civil n’a jamais eu la vision, encore moins l’épaisseur de la fonction : en plus de dynamiter l’école publique, il tuera le respect pour la République. Ça ira crescendo, avec des rigolos comme Farba Senghor, qui sera fabriqué ministre, et Bara Ndiaye, député…
C’est bien pour les mêmes raisons que des fonctionnaires désertent leurs bureaux pour cause de Magal sans crier gare et que les demandes d’explications à ce propos créent un tollé ; pendant que Abass Fall braque la mairie de Dakar et Ousmane Sonko, le Perchoir. Et, pire, des rigolos veulent rajouter, anticonstitutionnellement, une rallonge de deux années au mandat chaotique de Bassirou Diomaye Faye…
Tout ça ne ressuscitera pas Oumou Coultouly et Fatou Bintou Diallo, certes, mais le suprême devoir de la République est de leur rendre justice, afin que leurs âmes reposent en paix.
Par Ibou FALL



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