Je soupçonne l’école de Magistrature de dispenser clandestinement des cours de coquetterie, tant il est rare de relever une faute de goût chez les magistrats de sortie. Devant une forêt de micros, costume bleu roi, chemise blanche à col français qu’orne une cravate à carreaux bleu-blanc, le magistrat Moustapha Kâ, successeur de Serigne Bassirou Guèye à la présidence de l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption depuis novembre 2025, ne manque pas d’allure.
Sans vouloir offenser personne, ça, aussi, fait le buzz…
L’Ofnac vient de publier la liste provisoire de 3023 serviteurs de la République assujettis à l’obligation d’une déclaration de patrimoine. Un répertoire qui relève plutôt de l’auberge espagnole, tant on y trouve de tout, depuis le fonctionnaire intègre jusqu’au député suspect, et ratisse large : on y dénombre ceux qui ne se font pas prier, ceux qui y vont à reculons, ceux dont la conscience louvoie, ceux dont l’amour-propre se froisse de faire comme tout le monde et ceux qui procrastinent simplement, en bon Sénégalais…
La liste des élus locaux est en attente, quand bien même certains maires se plient déjà à cette obligation sans se faire prier. Il y a aussi les nouveaux ministres qui ont trois mois pour s’exécuter et dont le 1er septembre 2026 est la deadline.
Faut-il commencer par les bonnes ou les mauvaises nouvelles ?
Les statistiques ne mentent pas, et l’Ofnac de Moustapha Kâ peut frimer : les chiffres des déclarations de patrimoine font des cabrioles depuis deux ans. Ça ne se compte plus sur le bout des doigts, 114 en 2024, 103 en 2025, avant le saut périlleux : 1023 en 2026 dont plus de 800 rien qu’en juillet et plus de 300 à mi-août. Parmi d’autres explications, le profil des assujettis qui se serait multiplié. Les 1695 dépôts de déclarations de patrimoine qui font 56% du répertoire, laissent penser à l’Ofnac qu’avec ce rythme soutenu, avant la fin d’année, les 90% des assujettis déposeront leurs déclarations.
Ben alors, les 1328 retardataires, ça se grouille ?
Ils ont intérêt, parce que les moyens de leur faire rendre gorge, pardon, déclaration de patrimoine, l’Ofnac n’en manque pas. Le refus d’obtempérer en la matière est un délit passible de six mois à quatre années d’emprisonnement, au pire. Les sanctions, au mieux, commencent par une retenue d’un quart du salaire, suivie d’une demande de révocation et d’une interdiction d’exercer une fonction publique.
C’est là sans doute que mon point d’interrogation s’impose : ça ne palabre pas, ça agit quand ça a cette étendue de pouvoir soutenu par l’inopposabilité du secret professionnel -comprenez l’impérieux droit à l’information où qu’elle se niche.
Partout où la mission de l’Ofnac se présente, aux Douanes, aux Impôts et domaines, dans les banques et autres services financiers du digital, ou tout autre service dont les susceptibles auxiliaires de Justice, ces braves gens doivent s’exécuter sans hésitation, ni murmure.
«Le vrai pouvoir est de n’avoir pas à se justifier», dit-on dans un film d’anthologie. Ben voilà, aussi bizarre qu’il n’y paraisse, le président de l’Ofnac se prête devant la presse à une séance de justification… C’est sans doute une question de doctrine, mais dans ma p’tite tête, le droit relève de la Magistrature, et l’information, du journalisme.
Si ça peut vous rassurer : cette confusion des rôles n’est pas une première sous notre drôle de démocratie…
En prenant à témoin l’opinion, le président de l’Ofnac semble différer le moment redoutable où la loi doit s’appliquer sans faiblesse… Surtout qu’en publiant ces listes provisoires, le goût de travail inachevé s’y rajoute. Parce que dans cet imbroglio, résident deux étapes : le non-respect des délais de dépôt, et la sincérité de la déclaration qui reste à vérifier…
Rien, donc, n’explique la publication de listes sujettes à caution. C’est la double peine ?
Tout cela nous renvoie à la frivolité de l’Etat amouraché de chaque régime qui lui fait les yeux doux après avoir emberlificoté l’électorat national. La rigoureuse austérité de l’impassible service public, qui permet à l’usager ordinaire de ne jamais subir les douloureuses incertitudes de chaque changement de régime, s’étiole inexorablement. Le populisme facile, depuis plusieurs décennies, démolit, brique après brique, les fondements de la République.
Rappelez-vous les extravagances de l’Ecole nouvelle dont la génération actuellement aux affaires est le pur produit…
Depuis ces premiers succès faciles que nous payons cher depuis, chaque campagne de démagogie bas de gamme charrie les vanités qui emportent dans leurs délires un peu plus de notre sens de la République et de l’âme de la Nation.
A force de vendre la haine à des misérables, les pouvoirs successifs s’obligent à prendre en otage les ressorts de la Nation et les piliers de l’Etat de Droit, avant de les ramollir et les asservir pour éparpiller dans la masse, comme un cancer métastasé, le besoin de châtiment, seul programme que la canaille plébiscite.
Il en est ainsi du pitoyable secteur privé, comprenez la crème de la majorité silencieuse reléguée au rang de spectateurs craintifs, recroquevillé dans ses ultimes peurs, tandis que les charlatans des droits de l’Homme se gorgent de l’économie de la basse convoitise, l’écœurante délation et la nauséeuse zizanie.
Une immonde supercherie.
Ça commence par exiger la transparence de vos revenus qui devraient être étalés sur la place publique, tout comme votre sexualité sur lesquels vos voisins et cousins se chargent de veiller ; ensuite, ça s’enhardit à s’interroger sur la décence des tenues de votre épouse et l’éducation de vos enfants ; ça s’inquiète de vos écarts de vie privée dont votre curieuse absence des alentours de la mosquée ; avant de se donner le droit de vous imposer leurs mythes et légendes pour lesquels le doute n’est pas toléré.
Les prochains développements de l’affaire Ndiaga Seck nous promettent bien des émotions…
Par Ibou FALL
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