Beaux atours d’une Mercédès

Il y a tellement longtemps que Cheikh Diba n’avait pas annoncé de bonne nouvelle à ses compatriotes, qu’il a ressenti le besoin de le faire lui-même. La reprise de la coopération avec le Fmi intervient presque deux ans jour pour jour après l’annonce funeste qui y avait mis fin. Une lueur d’espoir dans l’environnement de grisaille que connaît le pays depuis deux ans environ. Et cerise sur le gâteau, cette annonce s’accompagne d’une enveloppe financière encore plus importante que celle que les errements de l’ancien Premier ministre Sonko et son Secrétaire général du gouvernement de l’époque, Al Aminou Lô, avaient coûtée au pays. Le précédent accord laissé par Macky Sall et ses financiers devait rapporter au pays une somme de 1, 8 milliard de dollars américains, alors que Cheikh Diba vient de décrocher 2, 2 milliards de dollars de ses partenaires, sous des conditions moins draconiennes que ce que l’on avait craint.

Un pays sous contrainte
Notre vaillant ministre de l’Economie, des finances et du plan avait cherché tous les moyens, en concertation avec son compère de l’époque, l’éphémère Abdourahmane Sarr, à corriger les couacs engendrés par son chef du gouvernement. Mais ce dernier, par des déclarations aussi intempestives que provocatrices, semblait trouver un malin plaisir à prolonger le supplice de son équipe.
Sans doute convaincu qu’un accord avec les institutions de Bretton Woods signifiait pour son gouvernement d’aller à Canossa, Ousmane Sonko n’avait cessé de multiplier des déclarations qui ne manquaient de refroidir la volonté des bailleurs de trouver un accord avec les partenaires techniques et financiers. La conséquence la plus visible de ces prises de position a été de contraindre le pays à s’endetter à des taux exorbitants et dans des conditions frisant l’opacité totale. On se rappelle ainsi les fameux Total return swap de 650 millions d’euros, empruntés auprès de la First Abu Dhabi Bank, ainsi qu’à une institution nigériane dénommée Africa Finance Corporation, dans des conditions opaques. Il a fallu que le port aux roses soit dévoilé par le journal anglais Financial Times pour que le ministre Diba sorte du bois pour porter la réplique sans pour autant démentir.
Il n’en reste pas moins que ces nombreux recours aux marchés non traditionnels ou aux finances de la sous-région de l’Uemoa, sur lesquels le pays pouvait se financer en monnaie locale, ne suffisaient pas pour relancer une machine grippée par une cacophonie politique. Les entreprises locales ne voyaient aucune perspective dans la politique menée par les autorités, les jeunes ne font que gonfler l’armée des sans-emploi, et pire encore, les filets sociaux renforcés par les anciens pouvoirs commençaient à lâcher sous la pression d’un gouvernement qui s’est mis à la chasse aux liquidités. Aujourd’hui, le gouvernement ainsi que le Fonds veulent lancer un message optimiste. La mission de Mme Mercedes Vera Martin déclare : «Le programme appuyé par le Fmi devrait contribuer à mobiliser des financements de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement et d’autres partenaires de développement.» De son côté, le communiqué du Mefp souligne que «dans ce contexte de dégradation du profil de risque de crédit du Sénégal et de fermeture progressive de l’accès aux marchés des capitaux étrangers, le ministère de l’Economie, des finances et du plan s’est engagé dans des opérations de gestion active de la dette sur le marché régional des capitaux de l’Union économique et monétaire ouest-africaine». Il se félicite par ailleurs du fait que la réduction de la marge de manœuvre de l’Etat ne l’ait pas empêché de maintenir sa résilience. Toutefois, des facteurs comme la guerre de Trump et Netanyahu au Moyen-Orient ont pesé lourd sur les capacités d’investissement de l’Etat et sur sa politique de subvention de produits liés à l’énergie.
L’explication vaut ce qu’elle vaut, et l’important est que les partenaires y croient. Les Sénégalais n’oublieront toutefois pas que le premier gouvernement de Diomaye, dirigé par Sonko, avait lancé un Programme de relance économique et sociale (Pres) qui visait déjà à réduire toutes les subventions de l’Etat, en plus de taxer fortement tous les produits, tant de consommation courante que d’autres. C’est ainsi que même les jeux de hasard en ligne ou les transactions par Mobile Money ont été affectés. Ce programme de relance devait générer par an entre 4000 et 5500 milliards de Cfa. Les chiffres exacts n’ont jamais été communiqués, et ils variaient selon les documents consultés. Même sur le site du ministère des Finances, on ne trouve pas un seul chiffre.

Une bonne nouvelle en Mercédès
L’annonce de cet accord intervient le lendemain de la dégradation de la note souveraine du Sénégal par l’agence de notation Moody’s, et rien que pour cela, on pourrait s’en féliciter. Cette agence avait évoqué parmi les raisons de sa dégradation, la non-existence d’un programme avec l’institution basée à Washington qui, pour elle, rendait difficile pour l’Etat d’accéder à des financements concessionnels en dehors du marché de l’Uemoa. En plus, il y avait le risque d’un effet d’entraînement de la part des autres agences de notation, comme Standard & Poor’s ou Fitch. Heureusement, une belle Mercédès, venue de Washington, a pu annihiler les mauvais effets d’une mauvaise notation. Maintenant, la priorité pour les autorités sera de savoir mettre en œuvre les mécanismes de redressement de l’économie et, surtout, de gestion de l’énorme dette du pays. Déjà, Cheikh Diba annonce avoir mis en place un «Plan de traitement de la dette du Sénégal (Ptsd)».
Le ministère déclare que ce Ptsd «constitue une réponse adaptée aux caractéristiques de la dette du Sénégal. Il permet de restaurer durablement le profil de la dette publique, de ramener le poids du service de la dette sur le budget de l’Etat aux normes admises en la matière et de dégager progressivement les marges de manœuvre nécessaires au financement des investissements publics dans les secteurs prioritaires, notamment les secteurs sociaux».
Une manière pour les autorités de rassurer que l’on est loin ici, d’appliquer un Programme d’ajustement structurel (Pas). On sait tous en Afrique que les Pas se caractérisent par leur manque de considération envers les impacts sociaux des mesures budgétaires. Ici, comme dans les déclarations du Fmi, on nous assure que même les réductions des subventions ne porteront pas sur les secteurs à fort impact social. Et même les entreprises privées nationales ne sont pas oubliées. Le communiqué des services de Diba indique que «la dette libellée en franc Cfa restera en dehors du champ, compte tenu du rôle important du marché régional dans le financement de l’Etat et de l’économie». Une manière de dire que l’Etat cherchera à remplir ses obligations sans chercher à affecter le moteur de son financement. Il a d’ailleurs déjà prévu 300 milliards de Cfa pour l’apurement de la dette due au privé. Une goutte d’eau dans l’océan des besoins, mais surtout un signe de bonne volonté.

Expliquer la différence entre Ptds et Pas
Mais dans les jours à venir, la vraie question sera de savoir exactement ce que le gouvernement met dans son Ptds. Si l’on peut écarter l’ajustement, du fait de ses impacts sociaux que le gouvernement ne pourrait se permettre en ce moment trouble sur le plan politique, il reste néanmoins plein d’explications à fournir. Et le pays ne peut attendre 2029, à la fin du programme avec le Fmi, pour être fixé.
D’ailleurs, à ce sujet, pourquoi un programme de 3 ans ? Est-ce pour le Président Diomaye Faye, le moyen d’éviter le spectre d’un programme comme celui de feu Moustapha Ba et Macky Sall, qui a été balayé après l’élection présidentielle ?
Par Mohamed GUEYE / mgueye@lequotidien.sn



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