Déclaration de politique générale : LÔ ENTRE à SOWETO

Face aux députés, le chef du gouvernement abat ses cartes. Entre exigences de rigueur budgétaire imposées par l’accord de financement conclu avec le Fmi, grondement social lié à la vie chère et négociations serrées sur la gouvernance des fonds politiques, le gouvernement tente de stabiliser son cap institutionnel. Décryptage d’un exercice d’équilibriste politique capital.

Par Bocar SAKHO-bsakho@lequotidien – C’est une épreuve du feu institutionnelle, économique et sociale pour le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô. Sa Déclaration de politique générale (Dpg) intervient dans une conjoncture complexe où le gouvernement doit concilier des exigences financières rigoureuses avec la grogne grandissante de la population.

Sur le plan budgétaire, la récente conclusion de l’accord au niveau des services avec le Fonds monétaire international (Fmi) constitue le socle, mais aussi le carcan, de l’action gouvernementale. Pour décaisser ces programmes de soutien financier indispensables à la soutenabilité de la dette, l’Exécutif est contraint de mettre en œuvre un redressement budgétaire strict : rationalisation des dépenses publiques, ciblage des subventions énergétiques et élargissement de l’assiette fiscale.

Toutefois, ce cadre de rigueur se heurte à une situation socio-économique particulièrement sous tension. La vie chère, la précarité de l’emploi pour la jeunesse et les contestations liées au pouvoir d’achat mettent sous pression le gouvernement, qui doit prouver qu’il conserve un narratif de justice sociale tout en appliquant des réformes de sobriété financière.

Transparence des fonds politiques et bras de fer institutionnel

Au-delà de l’économie, la Dpg remet sur le devant de la scène la question sensible de la gouvernance et de la gestion des «fonds politiques» (ou fonds spéciaux). Alors que la majorité Pastef à l’Assemblée s’est engagée à rompre avec l’opacité budgétaire du passé à coups de propositions de loi, la clarification de l’usage de ces enveloppes financières discrétionnaires est devenue un marqueur de crédibilité politique face à une opinion publique exigeante.

Sujet historique d’opacité, la gestion des «fonds secrets» fait l’objet de vives discussions. Alors que le Parlement souhaite instaurer un cadre légal contraignant et un droit de regard renforcé sur l’utilisation de ces enveloppes spéciales, l’Exécutif invoque la préservation du domaine réservé et les impératifs de sécurité nationale.  La réforme imposant l’obligation d’une déclaration de patrimoine publique du président de la République -au début comme à la fin de son mandat-  constitue un autre point de friction. La volonté du Pouvoir exécutif d’élargir le contrôle aux autorités centrales et aux hauts responsables de l’Etat illustre une exigence d’exemplarité qui bouscule les habitudes de l’appareil public.  Ces dossiers réaffirment la volonté de l’Assemblée nationale de ne plus se cantonner à un rôle de chambre d’enregistrement, contraignant le Premier ministre à un exercice d’ouverture et de négociation sur la gouvernance publique.

Aujourd’hui, la relation entre le gouvernement et la Représentation nationale reste le théâtre d’un équilibre délicat. Les frictions enregistrées sur la fixation du calendrier de la Dpg ont rappelé la vivacité des prérogatives parlementaires. L’Assemblée nationale entend exercer un contrôle sans concession sur l’Exécutif, faisant de ce discours de politique générale non pas une simple formalité protocolaire, mais un test de majorité et de diplomatie institutionnelle. Et Lô va-t-il couler à Soweto ?

 L’Epée de Damoclès : la motion de censure

Dans un paysage parlementaire marqué par la recomposition des alliances et l’affirmation des prérogatives de l’Assemblée nationale, le risque théorique ou politique d’une motion de censure demeure un élément central de l’équation : mécanisme constitutionnel, la motion de censure permet aux députés d’engager la responsabilité du gouvernement et d’entraîner sa démission en cas de vote à la majorité absolue de l’Assemblée.

Quels facteurs de risque ? Un mécontentement des députés face à des mesures d’austérité impopulaires imposées par l’accord Fmi, ou encore l’absence de compromis clairs sur la gestion des ressources budgétaires, pourraient constituer un terrain fertile pour la coalition des oppositions. Même lorsqu’elle n’a pas les voix nécessaires pour aboutir, la menace de dépôt d’une motion de censure sert de moyen de pression à l’Assemblée pour forcer l’Exécutif à concéder des garanties sur la gouvernance publique et le pouvoir d’achat.



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