Education – Mois national de l’alphabétisation : Le Sénégal face au défi de l’autonomisation économique et sociale
Au Sénégal, l’alphabétisation entend franchir un nouveau cap. Au-delà de la lecture, de l’écriture et du calcul, elle se veut désormais un levier d’autonomisation, d’employabilité et d’entrepreneuriat. C’est tout l’enjeu du Mois national de l’alphabétisation, lancé ce mardi à l’Arène nationale.
Par Badé SECK – C’est une forte mobilisation à l’Arène nationale autour du lancement du Mois national de l’alphabétisation. Autorités éducatives et territoriales, membres de la Société civile, partenaires et acteurs du secteur ensemble pour marquer le coup d’envoi de cette initiative. Un cadre de sensibilisation et de plaidoyer en vue de renforcer la lutte contre l’analphabétisme et promouvoir les apprentissages fondamentaux. Le Mois national de l’alphabétisation (Mna) est une initiative qui ambitionne de repositionner l’apprentissage de la lecture, de l’écriture et du calcul comme un véritable levier d’autonomisation économique et sociale. Au-delà de l’acquisition des savoirs fondamentaux, l’enjeu est désormais de permettre aux bénéficiaires de développer des compétences, d’accéder à l’emploi et de créer leurs propres activités génératrices de revenus. C’est ce qui justifie d’ailleurs le thème de la présente édition : «L’alphabétisation, levier d’inclusion et d’employabilité pour un développement économique et social durable.»
Pendant un mois, du 1er au 30 septembre, des activités seront organisées dans les 16 académies du pays afin de sensibiliser les populations à l’importance de l’alphabétisation et de valoriser les expériences réussies à travers lesquelles des femmes et des hommes ont transformé leurs acquis en opportunités économiques. «L’alphabétisation ne se limite plus, en effet, à apprendre à lire, à écrire et à calculer. Elle constitue aujourd’hui un instrument d’émancipation et d’autonomisation. Savoir lire peut permettre de mieux gérer une activité économique», a indiqué Aliou Fall, directeur de l’Alphabétisation et des langues nationales du ministère de l’Education nationale. Selon lui, elle renforce également la participation des citoyens à la vie sociale et communautaire, tout en contribuant à réduire les différentes formes d’exclusion.
Malgré les progrès enregistrés, le défi reste cependant considérable. Le taux d’analphabétisme demeure élevé, 37, 1%, selon le rapport de l’Ansd, avec des réalités particulièrement préoccupantes dans certaines zones. Les disparités territoriales constituent, à cet égard, l’un des principaux obstacles à une généralisation équitable de l’offre d’alphabétisation. L’accès aux programmes et aux structures d’apprentissage reste inégal selon les territoires, notamment entre les zones urbaines et certaines localités rurales ou éloignées.
A ces disparités géographiques, s’ajoute la question cruciale du financement. «Le secteur de l’alphabétisation ne bénéficie encore que d’environ 1% du budget consacré à l’éducation, une proportion jugée insuffisante au regard de l’ampleur des besoins et du nombre de personnes encore concernées par l’analphabétisme», regrette M. Fall. Pour lui, cette faiblesse des ressources limite les capacités d’intervention, l’extension des programmes, la formation des encadreurs, la production de matériels pédagogiques adaptés, ainsi que l’accompagnement des bénéficiaires vers des activités économiques durables. Le Préfet de Pikine, qui a présidé la cérémonie, a plaidé pour que le Mna soit un cadre de plaidoyer en faveur d’un engagement plus important de l’Etat, des collectivités territoriales, du secteur privé et des partenaires au développement. Car, à son avis, encourager l’alphabétisation, c’est investir dans le capital humain. C’est donner aux citoyens les moyens de mieux comprendre leur environnement, de développer leurs compétences, de saisir des opportunités économiques et de participer pleinement au développement de leur communauté.
A travers les activités prévues durant tout le mois de septembre, le Sénégal entend ainsi rappeler que l’alphabétisation demeure un défi majeur de développement, mais aussi une formidable opportunité : celle de transformer les savoirs fondamentaux en compétences, les compétences en activités économiques et l’apprentissage en un véritable instrument d’inclusion sociale et économique durable.
bseck@lequotidien.sn
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