Affaire Kosmos, contrats avec Eni, énergie… Abdourahmane Diouf raffine tout

Face aux journalistes lors d’un petit-déjeuner de presse marathon au Musée des civilisations noires, le ministre de l’Energie et du pétrole a abordé sans détour les sujets brûlants de son département. De l’enquête de l’Ige sur l’accord avec Kosmos Energy aux clarifications cruciales sur le protocole d’accord avec le géant italien Eni, en passant par la gestion du réseau électrique et les réformes structurelles, Dr El Hadji Abdourahmane Diouf a prôné une gouvernance fondée sur la transparence et la redevabilité.

Par Abdou Latif MANSARAY – «J’ai été personnellement auditionné par l’Ige.» L’affaire des 55 millions de dollars (environ 30 milliards de F Cfa) liés au départ de la compagnie Kosmos Energy du gisement gazier Yakaar-Teranga franchit un nouveau cap. Interpellé sur ce dossier sensible, le ministre de l’Energie et du pétrole, Dr El Hadji Abdourahmane Diouf, a révélé que l’Inspection générale d’Etat (Ige) a été saisie par le président de la République et mène actuellement ses investigations.
L’affaire porte sur un accord de renonciation conjoint signé sous le magistère précédent, alors que Ousmane Sonko était Premier ministre et Alioune Guèye Directeur général de Petrosen. Pour les autorités actuelles, cet accord paraphé prématurément aurait libéré Kosmos Energy de ses obligations sans compensation, entraînant un préjudice estimé à 55 millions de dollars pour le Trésor public.
Affichant une posture de sérénité républicaine, le ministre a confirmé avoir apporté sa contribution à l’enquête : «moi-même, j’ai été personnellement auditionné par l’Inspection générale d’Etat. Je leur ai dit ce que je sais et j’ai fourni les documents. Je sais qu’ils sont en train d’écouter tous les acteurs», a-t-il déclaré, appelant au respect du travail des corps de contrôle dont les conclusions sont attendues sous peu.

«On n’a pas donné Yakaar-Teranga à Eni»
Outre l’affaire Kosmos, le ministre est revenu en détail sur le débat suscité par la signature d’un protocole d’accord avec la compagnie italienne Eni lors du sommet «Gastech» à Bangkok. Le Dr Abdourahmane Diouf a tenu à recadrer le débat et à apporter une mise au point ferme, répondant indirectement aux déclarations de l’ancien Directeur général de Petrosen, Alioune Guèye.
Le ministre a précisé que sur les 109 blocs pétroliers et gaziers mis sur le marché, le protocole d’accord avec Eni ne concerne que cinq blocs spécifiques (Sn01M, Sn02M, Sn03M, Sn07M et Sn40M). «Je dois préciser que nous n’avons pas donné les cinq blocs à Eni. On a signé un protocole d’accord pour qu’elle puisse faire des recherches techniques et scientifiques», a-t-il souligné, garantissant un processus mené avec rigueur et minutie. Lève-t-il ainsi toute équivoque concernant le gisement stratégique Yakaar-Teranga : «Eni sait qu’on ne lui a pas donné Yakaar-Teranga, le gouvernement du Sénégal sait qu’il n’a pas donné Yakaar-Teranga. Et il y a un arrêté qui matérialise tout ça, qui dit que c’est le bloc SN08 qui correspond à Yakaar-Teranga et qu’il n’est pas attribué.» Pour ce projet majeur, l’Etat a initié une approche novatrice et recherche un partenaire technique particulièrement outillé à la suite de plusieurs manifestations d’intérêt internationales.

«La transparence doit devenir une méthode de gouvernement»
Au-delà des questions d’attribution de blocs et des procédures de contrôle, ce rendez-vous d’échanges de plus de cinq heures avec la presse -organisé en présence des dirigeants de la Senelec, de Petrosen, de la Sar et du Réseau gazier du Sénégal (Rgs)- visait à poser les jalons d’une nouvelle politique de communication publique. «L’information ne doit pas rester enfermée dans les bureaux de l’administration ou les conseils d’administration. Elle doit être accessible, expliquée et discutée», a martelé le ministre. Pour Dr Diouf, la transparence ne relève pas d’une simple posture, mais s’impose comme une méthode de gouvernement indispensable pour répondre aux attentes réelles de l’ensemble des citoyens, des ménages aux industriels.

Electricité : Stabiliser le réseau et réduire les coûts de production
Revenant sur les récentes perturbations constatées dans la fourniture d’électricité, la tutelle a apporté des éclaircissements techniques. Malgré une capacité installée atteignant désormais plus de 2300 Mw face à une pointe de 1700 Mw enregistrée en août, le réseau de la Senelec a subi des tensions dues à une croissance rapide de la demande (+12%), combinée à des indisponibilités de production et des contraintes d’approvisionnement en combustible. «Un système électrique ne se résume pas à additionner des mégawatts installés», a rappelé Dr Diouf.
Pour sécuriser le système, le gouvernement mise sur le développement des énergies renouvelables et surtout le basculement vers le gaz naturel (Gas-to-power). Le projet de 340 km de gazoduc porté par le Réseau gazier du Sénégal (Rgs) sera la clé de voûte de cette stratégie visant à réduire le coût de production et à alléger la charge des subventions publiques.
Sur les plans social et territorial, le ministère a réaffirmé son ambition d’atteindre un taux d’accès universel à l’électricité d’ici 2029 (contre plus de 86% actuellement), avec une enveloppe financière prévisionnelle estimée à près de 400 milliards de F Cfa. Pour inscrire ces actions dans la durée, deux grands chantiers de réforme législative ont été annoncés : une Loi de programmation énergétique (2027-2031) pour définir une trajectoire pluriannuelle claire avec des financements, des jalons et des responsabilités identifiés. Et un Code général des hydrocarbures : pour régir de manière cohérente l’ensemble de la chaîne de valeur (exploration, production, transport, raffinage et commercialisation) et garantir la transformation locale des ressources nationales.
latifmansaray@lequotidien.sn



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