Le 24 mars d’il y a deux ans, l’attelage «Diomaye môy Sonko», tout juste sorti de prison dix jours auparavant, s’apprête à installer gaillardement ses pénates au faîte de la République pour mettre en branle le «Projet». Celui sur lequel quatre mille cadres sénégalais des quatre coins du Globe se penchent une décennie durant, qui nous vaut quatre-vingts morts, des milliards de Cfa en dégâts, des reniements à la pelle.
Des palabres discrètes avec le Président sortant absout les pontes de Pastef des sept péchés capitaux que l’Etat sénégalais leur reproche alors. Nos duettistes bénéficient d’une loi d’amnistie qui fait jusqu’à présent couler beaucoup d’encre.
Apparemment, c’est la saison des mamours : Macky Sall leur fait la visite du propriétaire avant la prestation de serment de Diomaye, l’unique impétrant. Il serait question d’un protocole qui agence tout ce ballet dont la finalité est de leur remettre la clé du domaine avant de prendre les airs en toute quiétude.
On saura plus tard que Sa Rondeur Macky Sall est devenu, entre-temps, châtelain à Marrakech.
A Dakar, le petit monde de Pastef entre en ébullition : le temps de faire rendre gorge à la bande de pillards qui festoient avec les deniers de la Nation et dansent sur les cadavres de nos pauvres compatriotes depuis douze ans, est enfin arrivé. Les lanceurs d’alerte, les influenceurs, ces héros qui déjouent la désinformation orchestrée par la presse corrompue de Macky Sall, voient leur heure de gloire sonner.
De nouvelles têtes sont érigées en icônes de la révolution triomphante, juste le temps de les caser : autour de Sonko, ça se partage les directions générales et les présidences de conseil d’administration des sociétés nationales, avant même de penser à lancer un appel à candidatures.
Y’a des militants du «Projet» qui ne peuvent pas attendre, parce qu’ils ont de la sweet dans les idées.
Depuis la série de décrets miraculeux, cette smala privilégiée porte des costumes neufs, des montres chics et des chaussures haut de gamme, ça arbore des mines réjouies, un teint frais et des manières précieuses, épouse à tour de bras et repeuple patriotiquement le pays.
C’est vrai, les prophètes du «Projet» promettent depuis dix ans de changer la façon de gouverner. Le favoritisme et les passe-droits seraient enterrés avec le régime Pastef qui, au plus fort de sa propagande, clame haut et fort qu’il n’aura besoin que de six mois pour balayer la saleté républicaine et faire décoller le pays. La preuve ? Un baobab présenté au Cicad qui symbolise vingt-cinq ans d’émergence pour installer les Sénégalais aux premiers rangs des peuples de la Terre.
Que demande de plus le militant de base ?
D’ailleurs, pour marquer le coup, puisque l’imagination vient de prendre le pouvoir, tous les premiers samedis du mois, opération «sèt-sètal» : le Président Bassirou Diomaye Faye et son balai, en tenue relaxe surmontée de sa casquette, pour l’exemple, remplit humblement sa brouette de détritus, comme tout le monde.
Il tient à ce que ça se sache : c’est un Monsieur Modeste que le peuple des Sénégalais fâchés avec eux-mêmes vient d’élire. Il leur fallait tout sauf un homme manifestement heureux.
Ces gens-là n’aiment pas le bonheur…
Le Palais avec sa terrasse face à l’Atlantique où Gorée trempe ses petits petons ? C’est presque contraint et forcé qu’il y réside : Monsieur Bassirou Diomaye Diakhar Faye, deux épouses au compteur, -c’est un téméraire !- préfère nettement ses cases à Ndiaganiao, où il se réveille avec bonheur à l’heure du laitier au son des coups de pilon de dignes femmes qui broient le mil, pendant que les coqs et les poules caquètent impunément en attendant de passer à la casserole. Un p’tit paradis perdu. Là, il doit faire le chef de l’Etat jusqu’en 2029, malgré lui.
Chienne de vie.
Mais que ne sacrifierait-il pas pour restaurer la dignité nationale ? Première mesure : changer le regard que nos frères africains posent sur nos tronches de renégats si prompts à cirer les pompes à tout ce qui ressemble à un toubab. Terminé, ce réflexe chopé dans la servitude volontaire ancestrale qui pousse tous nos chefs d’Etat à demander à Paris le droit de soupirer de dépit avant de poser sur le perron de l’Elysée. C’est vrai, il y fait quelques sauts de puce dès les premiers mois de son magistère, mais c’est pour déguerpir de notre sol l’Armée française jusqu’au dernier bidasse et exiger des comptes à propos du massacre de Thiaroye en 1944.
Aujourd’hui, entre souverainistes qui se respectent au sommet de l’Etat, ça préfère nettement mériter l’estime de la soldatesque putschiste de l’Alliance des Etats du Sahel. Ces gradés, eux, au moins, osent dégager la France de leur territoire et regardent de haut tous les larbins du néocolonialisme. Il est donc temps de remettre notre pays dans le sens de l’Histoire, telle que Kwame Nkrumah, Cheikh Anta Diop, Sékou Touré, Sankara et, euh, Jomo Kenyatta, la veulent : décomplexée, souveraine, autosuffisante…
Assez fièrement repue, en tout cas, pour envoyer les vautours du Fmi se faire voir ailleurs. Lesquels n’apprécient pas que le nouveau régime sénégalais étale leurs grotesques insuffisances : comment peuvent-ils justifier les cinq milliards de dollars de dettes «cachées» alors que ça évalue régulièrement les finances sénégalaises ?
Heureusement que le régime «Diomaye môy Sonko» veille au grain.
C’est vrai, depuis cette découverte, la note du Sénégal se dégrade sur les places financières ; mais, nous dit-on, c’est le prix de la Vérité, celle qui ouvre les portes du Paradis, quitte à vivre l’enfer sur terre… Entre-temps, l’alter ego Ousmane Sonko a l’élégance de dresser une liste pour les Législatives avec rien que ses obligés. Ce n’est pas une coalition «Diomaye môy Sonko» qui part à l’assaut du Parlement le 17 novembre 2024, mais une liste Pastef, autrement dit celle des obligés du Pros.
Aïe.
Jusque-là, on en confond presque les deux potes : il arrive même que le Premier ministre prenne l’avion présidentiel pour voir du pays. Ousmane Sonko lui est tellement familier qu’il se paye le luxe de chambrer son «patron» en public, le surnommant «Serigne Ngoundou» sans qu’un décret assassin ne vienne mettre un terme à son irrésistible ascension.
Dans la foulée, une première en République, l’une des épouses du Président accouche. Ce serait une fille et elle porterait, rapporte radio cancan, le prénom de la mère du Premier ministre.
Ce n’est plus un régime, c’est la Compagnie Créole…
Et puis, un beau jour, une fissure : le Premier ministre s’exaspère de la passivité du Président. Le pays n’a pas d’autorité, tonne-t-il. Qu’on le laisse gouverner, comprenez, mettre de l’ordre dans les dossiers judiciaires dont, sans doute, le sien, qui se corse : son affaire avec Mame Mbaye Niang, définitivement jugée, remet en cause sa candidature à la prochaine Présidentielle.
Ça ne serait qu’anecdotique, si le Président décidait de l’amnistier. Mais là, avec Mimi Touré qui manage la Coalition Diomaye Président et semble viser la Présidentielle de 2029 après les Locales de 2027 et, éventuellement, des Législatives anticipées, -encore !- Abdourahmane Diouf qui prend sa place (maintenant, c’est «Diomaye môy Ass»), ça sent le cramoisi.
Et on évite d’évoquer le retournement de veste du plus virulent influenceur de la bataille, que dis-je, de la guerre de Sweet Beauté : y en a un, depuis le Canada, qui canarde bien en deçà de la ceinture, et il y en aurait pour soixante-douze semaines, fanfaronne-t-il. Bref, rien que des bonnes nouvelles : «Diomaye môy Sonko» grandit et se scinde… A ma droite, «Diomaye Président», et maladroite, l’Alliance patriotique pour le travail et l’éthique, Apte.
Quant au bilan, il n’est pas reluisant… Une économie à la ramasse, une mort violente à l’université, dix-huit Sénégalais en prison au Maroc, entre autres, mais surtout le sentiment que l’avenir des Sénégalais s’obscurcit davantage. La question que chacun se pose : ces bons messieurs du «Projet» dont personne ne parle plus, qu’ont-ils fait de leurs plus belles années ? La réponse est connue.
On attend surtout la sweet, qui s’annonce torride…
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