Tout en fustigeant la «dette cachée» prétendument héritée de Macky Sall, le gouvernement de Sonko est allé s’endetter auprès d’institutions financières du Moyen-Orient, à des conditions particulièrement draconiennes. Une révélation faite par le journal anglais Financial Times, qui affirme avoir vainement tenté d’obtenir une réaction des autorités sénégalaises.
Par Mohamed G. – L’ironie n’a pas échappé aux Sénégalais. Le gouvernement, qui s’est fortement démené pour convaincre l’opinion de l’existence d’une dette cachée par le régime de Macky Sall, vient aujourd’hui d’être pris la main dans le sac d’une dette cachée de 650 millions d’euros (422 milliards F Cfa). Le journal économique anglais Financial Times a annoncé hier, dans son édition en ligne, que le pays a emprunté ce montant l’année dernière auprès d’institutions financières de la place de Dubaï. Il s’agit d’Africa Finance Corporation et de First Abu Dhabi Bank. Cela rappelle que le Premier ministre Sonko avait opéré un voyage non officiel dans des pays du Moyen-Orient dont son camarade de parti, et par ailleurs Président de l’Assemblée nationale, avait assuré qu’il allait en retirer beaucoup d’argent.
Africa Finance Corporation (Afc), dirigée par un banquier allemand, est présentée comme est «une institution financière multilatérale fondée par des Etats africains et le secteur privé, et qui vise à stimuler les investissements dans les infrastructures. Elle soutient le développement industriel et la croissance via le commerce et les exportations africaines». Le journal anglais indique que le Sénégal a garanti ces bons «grâce à des obligations souveraines nationales nouvellement émises, en utilisant des produits dérivés appelés swaps de rendement total, de plus en plus populaires auprès des pays proches du défaut de paiement et qui peuvent conférer aux prêteurs, dans le cadre de tels accords, une priorité sur les autres créanciers».
Pour certains créanciers, ces swaps ne sont pas considérés comme des emprunts. Ce qui fait que le pays n’était pas légalement contraint de les rendre publics, si cela se faisait dans le cadre des emprunts obligataires ordinaires. Néanmoins, ce sont des moyens de paiement en échange de bons du trésor, qui permettent «d’obtenir rapidement des liquidités à des taux d’intérêt plus bas en donnant aux prêteurs les droits sur d’importants volumes de leurs obligations. Ces obligations sont généralement restituées à la fin du contrat. Cependant, en cas de défaut de paiement, les swaps peuvent considérablement compliquer le redressement de la dette».
On comprend que dans ces conditions, les autorités sénégalaises se battent comme de beaux diables pour éviter une restructuration de la dette du pays. Les députés sont d’ailleurs convoqués ce matin, en Commission des finances, pour «soutenir l’Exécutif dans sa résolution de ne pas engager le pays dans un processus de restructuration de la dette publique». Une restructuration négociée va contraindre le pays à dévoiler le montant réel de ses créances, ainsi que les conditions de remboursement. Or, il semble que le pays en ait fini avec la transparence dans ce domaine, depuis l’annonce du 26 septembre 2024.
Le 3 mars dernier, le Sénégal avait dû mettre en pause des remboursements à certains de ses bailleurs, pour pouvoir payer les échéances de plus de 470 milliards de Cfa d’eurobonds dus à cette date. Il a pu réunir ce montant en puisant fortement sur le marché financier de l’Uemoa. Et surtout, en bloquant le remboursement de certains bailleurs bilatéraux tels que China Eximbank, l’Afd française, ainsi que d’autres. Une fois que le remboursement de ces crédits swap dus à l’Afc et à la First Abu Dhabi Bank arrivera à terme, si le pays devait faire défaut, si le pays faisait défaut, il devra payer des pénalités. Mieux, ou pire, il verrait sa note souveraine auprès des agences de notation, baisser encore plus.
Finalement, la dette de Sonko-Diomaye risque donc de coûter encore plus que celle dite cachée de Macky Sall. Le Karma ?
mgueye@lequotidien.sn
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