Célébration – Exposition «Ndenc yuy dox» : Quand les archives du Fesman 66 reprennent vie

Soixante ans après le souffle historique du Fesman 66, l’exposition «Ndenc yuy dox» propose une plongée inédite dans les archives du premier Festival mondial des arts nègres. Sous la houlette de la curatrice Noura Bourahima Boucher, cette rétrospective ne se contente pas de commémorer : elle transforme les fragments du passé en une matière vivante et créative, portée par le regard d’artistes contemporains.

Par Amadou MBODJI – Soixante ans après le mythique premier Festival mondial des arts nègres, l’exposition «Ndenc yuy dox» (Archives en mouvement) revisite cet héritage colossal. Entre mémoire et création contemporaine, la curatrice Noura Bourahima Boucher propose une immersion dans les traces fragmentées de 1966, invitant à une réflexion profonde sur la conservation et la réactivation de notre patrimoine culturel.
C’est une véritable relecture du premier Festival mondial des arts nègres, initié par le Président Léopold Sédar Senghor, du 1er au 24 avril 1966, qui est offerte au public. L’exposition «Ndenc yuy dox» (Archives en mouvement), conçue par la curatrice Noura Bourahima Boucher, interroge le devenir de ce patrimoine à l’occasion de son 60e anniversaire. Porté par l’association Mandji, ce projet explore la circulation, la fragmentation et les possibilités de réactivation de ces archives aujourd’hui. L’ar­chive comme matière vivante !
Plus qu’une simple commémoration, l’exposition envisage l’archive comme une matière organique, instable et en constante transformation. A travers les œuvres de Mme Amina Jules Dia, Nogold et Ibaaku, créées à partir des fonds du Fesman 66, l’événement fait émerger une «archive du présent», à la fois située, sensible et critique.
Sons, images et installations composent un parcours où les traces du passé apparaissent sous forme de fragments. Loin d’être un handicap, cette fragmentation devient un point de départ créatif : un espace où la mémoire se recompose, se déplace et se réinvente.

Un enjeu politique et matériel
L’exposition souligne également les défis liés à l’accessibilité de ce patrimoine. Si une partie des archives est conservée au Sénégal -notamment à l’Ifan, aux Archives nationales et à la Rts-, d’autres demeurent hors du continent, dans des institutions comme l’Ina en France. Cette répartition inégale met en lumière les enjeux politiques et matériels qui con­ditionnent encore au­jourd’hui l’écri­ture de l’histoire africaine.
Cette expo est un pont entre la Belgique et le Sénégal. Présentée à la Délégation Wallonie-Bruxelles à Dakar jusqu’au 24 avril, cette installation invite à interroger les récits établis. Fruit d’une collaboration fructueuse entre artistes belges et sénégalais, elle propose notamment des performances musicales et sonores inédites élaborées à partir d’archives audio.
Au-delà de l’aspect artistique, l’objectif final du projet reste la numérisation et la démocratisation de ces ressources. En mettant en lumière les tensions entre récit officiel et mémoires fragmentaires, «Ndenc yuy dox» transforme l’archive en un outil de production, de trans­mission et de réappropriation pour les générations futures.

Le saviez-vous ? Le Fesman 66, un instant culturel mondial inédit
Initié par le Président Léopold Sédar Senghor, le premier Festival mondial des arts nègres (Fesman) s’est tenu à Dakar du 1er au 24 avril 1966. Bien plus qu’une simple fête, cet événement a marqué un tournant historique pour l’Afrique post-indépendance. Une ambition politique  du Président-poète au lendemain des indépendances ? Il s’agissait de célébrer la Négritude et de prouver au monde la richesse et la dignité des civilisations noires.
Ce fut un carrefour de géants : Dakar est devenue, le temps d’un mois, la capitale culturelle du monde, accueillant des figures légendaires comme Duke Ellington, Langston Hughes, Aimé Césaire, ou encore Joséphine Baker. Ce Fesman a laissé un héritage culturel et aussi institutionnel incroyable que Me Abdoulaye Wade a tenté de dupliquer en 2010 sous forme de renouveau 44 ans plus tard. Sous le thème de la «Renaissance africaine», Abdoulaye Wade a voulu redonner au Sénégal son rôle de leader culturel mondial. Cette édition visait à célébrer une Afrique moderne, créative et tournée vers l’avenir en réunissant des stars planétaires comme Akon, Youssou Ndour, Angelique Kidjo ou encore le rappeur américain Busta Rhymes. Il a également coïncidé avec l’inauguration du Monument de la Renaissance africaine à Dakar. La différence avec 1966 ? Alors que Senghor mettait l’accent sur la Négritude (les racines et la reconnaissance de la culture noire), Wade a misé sur la Renaissance (la puissance économique et technologique de l’Afrique et de sa diaspora).
C’est pour ce festival de 66 que des infrastructures majeures de Dakar ont été construites ou mobilisées, comme le Musée dynamique (aujourd’hui siège de la Cour suprême) ou le Théâtre national Daniel Sorano. En 66, le rayonnement global : avec 30 nations représentées et plus de 2500 artistes, le Fesman 66 reste, soixante ans plus tard, la référence absolue en matière de diplomatie culturelle africaine.
ambodji@lequotidien.sn



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