Durant ma turbulente jeunesse, deux films comiques français traversent mon univers et comblent mon esprit : celui de Jean Poiret, en 1978, «La Cage aux Folles», adapté d’une comédie burlesque, datée de 1973, qui traite de l’homosexualité, avec l’immense Michel Serrault au sommet de son art ; ensuite, pour mon plus grand plaisir, vingt ans plus tard, nous arrive sur les grands écrans, «Le Dîner de Cons», une comédie créée en 1993 par Francis Veber, qu’il adapte au cinéma cinq ans plus tard, avec un Jacques Villeret monstrueux. Ici, un petit groupe d’amis au complexe de supériorité indécrottable, cultive la férocité jusqu’à traquer les «cons», les invite à dîner pour évaluer jusqu’à quel niveau il est possible de repousser les limites de la «connerie»…
Vous comprendrez par là que la connerie n’est pas toujours où l’on la situe.
Tout ceci pour revenir à notre chère République, laquelle reprend le scénario du «Dîner de Cons» avec un parti, Pastef, qui nous invite à élire un candidat à la Magistrature suprême en mars 2024, avant de s’évertuer à nous expliquer moins d’une année après, que ce brave monsieur, «Serigne Ngoundou» selon son mentor Ousmane Sonko devenu Premier ministre depuis, n’est ni à la hauteur de la fonction, ni légitime, d’après le député Guy Marius Sagna, encore moins digne de confiance ou même de respect, à en croire le député Bara Ndiaye…
Problème : la République, qui garantit l’honorabilité de son chef d’Etat envers et contre tout, a l’insigne vertu d’élever son guide suprême au-delà des contingences bouffonnes, et le prémunir de la bave, du crachat, de la pisse et de la crotte de l’engeance vulgaire.
Jusqu’en avril 2029, qu’il pleuve, qu’il vente, en période de chaleur ou de fraîcheur, de jour comme de nuit, en hivernage ou en saison sèche, Bassirou Diomaye Faye, sauf s’il renie son serment du 2 avril 2024, fera l’objet de déférence et de respect, de gré ou de force, de la part du citoyen sénégalais, quels que soient sa naissance, son âge, son genre, sa fortune.
Juste parce que la République le lui promet et que l’Etat le lui garantit.
Les aménagements avec la conscience collective ainsi que les lois rectificatives du Code électoral n’y feront rien. Pour accéder à la Magistrature suprême, un Sénégalais doit être irréprochable, afin que la République garantisse son honorabilité et que l’Etat ne peine pas à honorer cet engagement.
Bien sûr, il y a lieu de s’inquiéter devant le spectacle affligeant que nous présente le haut de l’Etat, avec un président de la République taiseux et un Premier ministre débordant d’initiatives.
Certes, les réformes du Président qui délèguent un peu plus de pouvoirs de décision au Premier ministre, son plus proche collaborateur officiel, dont la présidence du Conseil des ministres, seraient inquiétantes si ce vieux pays ne reposait pas sur deux piliers essentiels : les Forces de défense et de sécurité ainsi que la Justice. On le reconnaît, ça concède des faveurs illégitimes, voire illégales, aux politiciens en vogue, ça plie bien trop souvent devant l’opinion dominante, au risque de mettre la Patrie en danger…
L’imperfection est humaine, me direz-vous.
Les contorsions juridiques des députés de Pastef pour permettre à Ousmane Sonko de se présenter à la prochaine Présidentielle ne sont qu’une escarmouche avant l’assaut : une fois que son éligibilité sera acquise, l’appétit venant en mangeant, pourquoi attendre 2029 ? L’étape suivante, logique, serait de contraindre Bassirou Diomaye Faye à la capitulation immédiate, au détriment de son serment de défendre les principes inaliénables de la République.
Ce dont Pastef se fiche comme de son premier militant, puisqu’à aucun moment ces gens-là pensent que Bassirou Diomaye Faye pourrait gouverner le Sénégal : la preuve, ça lui rappelle jusqu’à son fiasco aux dernières Locales, à Ndiaganiao, où une femme quelconque l’a battu…
C’est au beau milieu de ce bordel national, qui renvoie au «Dîner de Cons», que s’invite le feuilleton de l’année : la traque aux homos, comme ils disent…
Au départ, une affaire de pédo-criminalité débusquée en France, sous le couvert de la sempiternelle «mission civilisatrice» pour initier la négraille aux joies avant-gardistes de la pédophilie. Vient s’y greffer une affaire d’homosexuels qui a le chic d’épingler, depuis une modeste caserne de banlieue, des célébrités. Ça fouille dans les téléphones privés et les caleçons d’autrui depuis lors, pour débusquer les pédés, aussitôt livrés à la morale publique et la vindicte populaire.
Ce n’est plus une Nation, mais la version sahélienne de «La Cage aux Folles».
Ça promet des émotions fortes, à en croire les présentateurs pudibonds exaspérés qui divulguent l’identité des homos actifs et passifs, les arrestations fracassantes, les pistes inattendues, et annoncent avec délectation des suites inespérées pour les marchands de buzz.
La curiosité malsaine est un excellent client…
Pendant ce temps, le destin du monde se joue entre les tendances de la nouvelle économie, qui invitent au grand remplacement par le robot et l’Ia de cet employé si irrégulier qu’est l’humain, tandis que la fermeture du détroit d’Ormuz lance les montagnes russes des prix du gaz et du pétrole, alors que la république islamique du Mali se signale à nos frontières.
«La Cage aux Folles» qui s’invite au «Dîner de Cons», vous préférez en rire ou en pleurer ?
Par Ibou FALL
from Lequotidien – Journal d'information Générale https://ift.tt/lhKfPo3
Commentaires
Enregistrer un commentaire