Monsieur le président de la République, pour les croyants, le destin est toujours juste ; pour ceux qui ne croient pas, le destin n’est qu’une construction mentale pour se masquer sa part de responsabilité. Pour moi, peu importe qu’on croie ou non, l’essentiel c’est ce qu’on fait soi-même et qui pourrait assister ou infléchir (selon ses buts) ce qui est considéré à tort ou à raison comme destin.
De 04/04/44 à 04/04/66 : Vingt-deux ans après ! La vision ne meurt pas, les grandes œuvres qui leur donnent corps vieillissent et meurent certes, mais elles laissent des traces indélébiles. Ces traces s’emboitent comme des archétypes dans la conscience collective et déterminent longtemps après la marche de l’histoire. Les jeunes qui ont massivement et efficacement voté pour l’accession au pouvoir du Président Bassirou Diomaye Faye n’étaient pas nés quand les infrastructures qui serviront à accueillir le défilé de cette année sortaient de terre.
L’Etat est une continuité ; même les ruptures sont au service de cette continuité. Thiès et Kolda sont les témoins vivants de la pertinence des grappes de convergence théorisées par feue Thiéwo Cissé Doucouré et mises en œuvre sous la direction de l’ancien Pm Idrissa Seck. L’assainissement (qui n’a malheureusement pas été porté à terme pour Thiès) de ces deux villes est un exemple qui doit être reproduit dans toutes les grandes villes du pays.
On ne peut pas effacer la mémoire collective, même par un lavage de cerveau industriel. Prétendre que ceux qui ont gouverné ce pays depuis les indépendances n’aiment pas le Sénégal ou n’ont rien fait, ce n’est pas seulement une sordide affaire de diffamation, c’est une invective contre soi-même. Le Sénégal a besoin de paix, de concorde et de travail acharné, pas de controverse inutile.
En faisant les travaux qui facilitent la tenue de la Fête de l’indépendance (le défilé national) à Thiès, l’ancien maire ne s’imaginait pas que ce sont ses «fils» et «petits-fils» qui vont ramener le défilé à la Cité du Rail. Les hommes passent, les institutions demeurent, mais il faut marquer son temps, or on ne marque pas son temps avec du bavardage : il faut des idées généreuses nanties d’actions efficientes. Thiès se fait belle pour accueillir la République et ses honneurs, mais les Thiessois ne manquent pas de prier que la fête du 4 Avril élise définitivement domicile à Thiès. C’est vous dire…
Car, monsieur le Président, Thiès mérite mieux et plus : à part les grands investissements consentis du temps de Idrissa Seck, Thiès et sa banlieue manquent de tout. Le maire de la ville fait ce qu’il peut, mais par la grâce de Dieu, monsieur le Président, prenez le temps de visiter les routes intérieures de la ville. La route qui relie l’Hôpital régional à la Promenade des Thièssois est dans un état piteux, malgré les opérations de colmatage ; la route qui relie Hersent au centre-ville est une plaie vieille de plus de vingt ans. Ne parlons pas des routes internes de Diamaguène, de Thialy, de Grand-Thiès, bref, de toute la ville.
Monsieur le président de la République, si les atours flamboyants de la République ambitionnent d’assouvir la soif des citoyens, c’est une illusion. Les ornements sont importants pour donner de l’éclat aux honneurs de la République, mais les citoyens resteront dans la misère quand la République prendra congé de son séjour à Thiès. Cette ville a un besoin impérieux d’ouvrages d’assainissement : il ne faut pas céder au piège de la misère dorée. Sans un système de canalisation approprié, les routes sont inutiles, voire nuisibles, parce qu’elles empêchent l’infiltration des eaux de ruissellement dans le sol.
Monsieur le président de la République, je vous invite solennellement à visiter un ouvrage controversé du Promovilles pour constater de visu l’état de détresse dans lequel vivent les populations de Sampathé II depuis plusieurs années sans qu’aucune autorité ne daigne faire le nécessaire pour amener le Promovilles à reprendre une malfaçon suspecte sur la construction de la route (talus carreaux) qui était censée être un exutoire pour drainer les eaux pluviales vers la station de traitement. Au lieu de drainer les eaux vers ladite station, cet ouvrage dévie les eaux dans nos maisons.
Un Etat n’a pas le droit de laisser ses populations tenter de résoudre leurs problèmes d’assainissement dans la débrouillardise spontanée universelle, car si chacun fait ce qu’il veut, tout le monde subit ce qu’il ne veut pas. La décentralisation doit être repensée, sinon suspendue dans ce pays, car les mairies d’arrondissement sont soit sans moyens, soit sans volonté ni vision. On ne gère pas les populations dans une République par affinité et par libéralités, c’est indigne et trop borné comme forme de gouvernance locale ! Des maires qui n’ont d’initiative que dans la bataille pour distribuer le foncier et les autres faveurs ne savent pas pourquoi on a créé des mairies.
Supprimer la décentralisation n’est pas une gageure, car créer des maires d’arrondissement pour les créer, c’est juste un ornement institutionnel dont l’action se résume à l’entretien d’une «fonction publique» qui n’est d’ailleurs rien d’autre qu’un recrutement déguisé d’une clientèle politique. Il faut être sérieux : une mairie qui ne peut faire rien d’autre que distribuer des pompes et sacs aux populations pour bricoler des digues a démissionné sur la problématique des inondations. Nos mairies ne sont pas viables !
Monsieur le Président, Thiès n’est pas ce que vous verrez durant votre séjour dans la ville des caïlcédrats majestueux, témoins de l’époque coloniale. Thiès n’est pas la Promenade des Thièssois, ni «rue sans soleil». Thiès est une ville qui refuse le lotissement dans la plupart des quartiers traditionnels ; c’est la ville où les lycées manquent de papier pour le tirage des textes ; c’est la ville où les salles de classe des lycées et collèges sont plus sales que certaines décharges ; c’est la ville sans camion de curage des ouvrages de l’Onas.
Monsieur le Président, méfiez-vous de la politique-spectacle, votre mandat doit être celui du care (sollicitude) : une éthique du soin, de l’attention, de l’urgence quant à la vie des Sénégalais. Car nous sommes au fond du gouffre, même quand la République montre des signes d’abondance.
Alassane K. KITANE
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