Semences paysannes à Ndiémane : Le cri du cœur pour la souveraineté alimentaire

A Ndiémane, dans la commune de Nguéniène, la 10e édition de la foire locale des semences paysannes a ouvert ses portes pour trois jours. Sous le thème «Autono­misation et résilience des femmes semencières en milieu rural», cet événement stratégique réunit producteurs, autorités locales et organisations panafricaines pour sanctuariser le patrimoine semencier africain face aux menaces climatiques et industrielles.

Plus qu’une simple exposition, la foire se veut une réponse directe aux enjeux de survie de l’agriculture familiale. Organisée par l’Association sénégalaise des producteurs de semences paysannes (Aspsp) et l’Afafa, avec le soutien de partenaires internationaux, elle marque une étape clé dans la structuration des systèmes semenciers locaux.

Pour les organisateurs, l’équation est simple : sans souveraineté semencière, il n’y a pas de souveraineté alimentaire. Alioune Ndiaye, coordonnateur de l’Aspsp et du Comité ouest-africain de semences paysannes (Coaspe), souligne la dimension historique de cette édition : «Les paysans qui viennent ici auront l’opportunité de se doter en se­mences non seulement maraîchères, mais aussi pour les grandes cultures comme le sorgho et le mil. Nous ne sommes plus dans la miniature, mais dans la grandeur nature.»

Cette foire s’inscrit dans un réseau continental. Le Coaspe, qui regroupe 12 pays africains, porte un plaidoyer commun, vise à protéger la diversité biologique contre l’imposition de modèles de monoculture. «La nature, c’est la diversité», insiste Amadou Kanouté, Directeur exécutif de Cicodev Afrique. «On nous oblige à avoir une seule forme de semences certifiées, au détriment de la richesse naturelle. C’est le contraire de la nature», affirme-t-il.

Le thème de cette édition place les femmes au cœur du dispositif. Mariama Sonko, présidente du mouvement panafricain «Nous sommes la solution», rappelle que la conservation des semences est avant tout une question de genre et de transmission. «Si aujourd’hui on parle de ces semences, c’est grâce au travail inlassable des femmes rurales. Tout agriculteur qui perd sa semence est un agriculteur pauvre, sans reconnaissance vis-à-vis de sa communauté», explique-t-elle, soulignant que ces foires sont des espaces de transmission face à une éducation conventionnelle qui dévalorise parfois les savoirs ancestraux.

L’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (Afsa) profite de cet ancrage local pour nourrir son plaidoyer politique. D’ailleurs, Famara Diédhiou, son coordinateur pour l’Afrique de l’Ouest, rappelle une réalité statistique souvent occultée. «Malgré l’absence de soutien public ou réglementaire, plus de 70% des semences utilisées dans l’agriculture africaine proviennent des systèmes semenciers paysans», indique-t-il.

Pour l’Afsa, l’objectif est de briser le discours dominant qui tente de discréditer les semences traditionnelles. «A force de dire aux paysans que leur semence n’est pas bonne, ils peuvent finir par y croire. Nous sommes là pour renforcer leur confiance en soi et recueillir les preuves de la performance de nos semences pour nos instances de plaidoyer», ajoute M. Diédhiou.

L’enjeu est désormais de transformer cet élan en une pratique pérenne. En réunissant dans un même espace les producteurs, les élus locaux, les gestionnaires du foncier et les consommateurs, la foire de Ndiémane dessine le modèle d’une chaîne de valeur courte et résiliente. A travers les échanges de semences entre les régions du Sénégal et les pays voisins, cette foire démontre que, par-delà les frontières, la lutte pour une agriculture dirigée par les Africains pour les Africains se joue bel et bien dans la terre des champs paysans.
Par Alioune Badara CISS(Correspondant )- abciss@lequotidien.sn



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