Affaire Aser – Aee Power Epc : LES ÉCLAIRAGES DE SAÏDOU KANE

Cité dans plusieurs projets d’envergure, l’homme d’affaires sénégalais Saïdou Kane dénonce, par la voix de ses conseils, une véritable «campagne de dénigrement». Lors d’une conférence de presse tenue récemment, son pool d’avocats a fustigé une stratégie d’éviction orchestrée par ses partenaires étrangers, et a appelé l’Etat du Sénégal à faire la lumière sur la destination réelle des fonds publics engagés dans le dossier Aser Aee Power-Epc, notamment le versement de 37 milliards F Cfa. 

Par Abdou Latif Mohamed MANSARAY – Après plusieurs semaines de turbulences médiatiques, la défense de Saïdou Kane hausse le ton. Face à la presse hier, Me Leyti Ndiaye, porte-parole du pool d’avocats de l’homme d’affaires, a dénoncé un «matraquage médiatique fait de déclarations calomnieuses». Pour les conseils de l’investisseur établi en Espagne, il s’agit désormais de rétablir une «vérité factuelle» face à des accusations qu’ils jugent infondées.

Projet Aser : la thèse de l’éviction
Au cœur de la polémique, se trouve le projet d’électrification rurale de l’Aser, initialement prévu pour 928 localités puis étendu à 1600 villages à travers le Sénégal. Selon Me Ndiaye, Saïdou Kane est l’initiateur exclusif de ce projet de 140 millions d’euros dont il a assuré la conception et la mobilisation du financement auprès de Banco Santander. «Il a initié un programme ambitieux d’électrification rurale, ainsi que d’autres projets dans les domaines agricole et technologique, dans une logique d’accompagnement des politiques publiques. Son rôle a été déterminant à toutes les étapes, de la conception à la mobilisation du financement, en passant par la coordination avec les autorités administratives et les partenaires techniques», ajoute Me Ndiaye. «Conformément aux exigences des offres spontanées, le porteur du projet devait en assurer le financement intégral. C’est dans ce cadre que des démarches ont été engagées auprès de Banco Santander, avec l’appui des autorités diplomatiques sénégalaises», précise-t-il. Toutefois, l’implication d’une société de droit espagnol était requise, ce qui a conduit à un partenariat avec Aee Power Epc, basée en Espagne. C’est au niveau de l’exécution que les tensions apparaissent. «Une avance de démarrage devait être versée puis rétrocédée selon des modalités contractuelles claires. Or, après réception des fonds, le partenaire étranger a adopté une attitude dilatoire et a cessé toute collaboration effective», affirme Me Leyti Ndiaye.

Malgré une mise en demeure adressée en juin 2024, la situation ne se débloque pas. «De manière particulièrement révé­latrice, une résiliation unilatérale est intervenue quelques jours plus tard, suivie d’une campagne de dénigrement», ajoute-t-il. La défense explique que l’implication de la société espagnole Aee Power Epc n’était qu’une exigence technique liée au financement. Or, après le «versement» d’une avance de démarrage de près de 37 milliards F Cfa autorisé par lettres en date du 22 mars 2024 par l’Aser, le partenaire espagnol aurait adopté une «attitude dilatoire». Alors que la société espagnole devait «rétrocéder» à Aee Power Sénégal environ 40 millions d’euros (plus de 26 milliards F Cfa). «Après réception des fonds, le partenaire étranger a cessé toute collaboration avant de procéder à une résiliation unilatérale en juin 2024», affirme Me Ndiaye.

Pour les avocats, cette séquence n’est pas fortuite. «Elle laisse apparaître une stratégie manifeste visant à évincer le partenaire sénégalais, à se soustraire aux obligations contractuelles et à détourner les bénéfices du financement obtenu», soutient-il. Alors que d’après les avocats, plusieurs accords ont été conclus dont un protocole d’entente signé le 16 novembre 2023 et un engagement tripartite du 25 novembre 2023 entre l’Aser, Aee Power Epc et Aee Power Sénégal, accordant notamment à cette dernière l’exclusivité de la construction et de l’acquisition des poteaux en béton armé. Un contrat opérationnel fixait également la répartition des tâches, avec 60% des travaux attribués à Aee Power Sénégal, au-delà du seuil réglementaire de 40%. Ils interpellent d’ailleurs l’Etat sur une question centrale : «où est passée l’avance de démarrage», de 37 milliards de F Cfa ?

Intermaq et Passant : «Aucune implication financière»
Sur le dossier Intermaq, portant sur un marché de 85, 5 milliards F Cfa avec le ministère de l’Agriculture, la défense se veut catégorique : Saïdou Kane n’a touché aucun franc public. Les avocats précisent que seule la société espagnole Intermaq 2012 SL est titulaire du marché, tandis qu’Intermaq Sénégal n’est qu’un prestataire logistique et technique local, «sans implication dans les flux financiers». Pour lui, les accusations «de surfacturation et de détournement sont dépourvues de tout fondement». Et d’insister : «Aucun flux financier n’a transité, ni ne pouvait transiter, vers M. Saïdou Kane à titre personnel.»
Concernant l’affaire Passant, la défense rejette également toute responsabilité dans les retards d’exécution (évalués à 42%). Actionnaire minoritaire à hauteur de 20%, Saïdou Kane n’exercerait aucune fonction de gestion, la responsabilité incombant, selon eux, à la société étrangère Liteyca SL. Me Ndiaye souligne même que son client a injecté 237 millions F Cfa «de ses propres deniers pour préserver les emplois et l’activité du projet».

Intervenant à son tour, Me Abdou Dialy Kane a pointé la responsabilité de l’Etat dans ce blocage institutionnel. Selon lui, ce climat d’hostilité envers les investisseurs nationaux fragilise l’économie : «On a tendance, au Sénégal, à combattre ceux qui font avancer le pays. C’est un signal inquiétant pour les bailleurs de fonds internationaux. Partout dans le monde, ce sont les hommes d’affaires qui font avancer un pays. Mais malheureusement, au Sénégal, on a tendance à les combattre. C’est une situation regrettable. Depuis les années 2000, on assiste à des attaques répétées contre des investisseurs. On fragilise ceux qui veulent participer au développement du pays», regrette encore Me Kane.

Réaffirmant leur confiance en la Justice, les conseils de Saïdou Kane ont appelé le chef de l’Etat à se saisir du dossier, estimant que la crédibilité de la signature du Sénégal est en jeu. Une bataille judiciaire semble désormais inévitable pour trancher ce différend complexe. «La présente déclaration a pour seul objet de rétablir un minimum de vérité factuelle, dans l’attente que les juridictions compétentes soient saisies et statuent sur les responsabilités respectives», a conclu Me Leyti Ndiaye, annonçant une bataille judiciaire qui s’annonce décisive.
latifmansaray@lequotidien.sn



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