La création d’une Ceni est-elle opportune ?

Le Sénégal, dans ses projets de réformes institutionnelles, a prévu de créer une Commission électorale nationale indépendante (Ceni) et de lui attribuer les compétences de la Cena et de la Direction générale des élections (Dge). Ce projet de réforme est-il opportun ? Je ne le crois pas. Le Sénégal est l’un des rares pays en Afrique à avoir connu trois alternances démocratiques, et les élections ont été organisées par l’administration très rodée en la matière, en témoigne les élections législatives et présidentielle de 2024. Aucune contestation devant les juridictions. Et il faut le souligner, les ministres de l’Intérieur en charge de ces élections étaient toujours du camp du pouvoir. Pourquoi donc changer un système qui gagne ? En Afrique, des Ceni foisonnent mais connaissent quasiment des problèmes de neutralité. Les processus de nomination des membres de ces commissions sont toujours critiqués par les acteurs politiques. La notion d’indépendance est floue. Il existe un décalage entre indépendance théorique (garantie par les textes) et autonomie réelle sur le terrain.
Quels sont les pays où existent des Ceni et où il y a eu des alternances démocratiques comme au Sénégal ? D’ailleurs, la Côte d’Ivoire vient de dissoudre sa Ceni, à cause des dysfonctionnements notés, et elle va trouver d’autres solutions. Pourquoi donc prendre des risques ? Quels critères retenir pour la nomination des membres de cette Ceni aux niveaux national, régional, départemental ? Le mode de désignation du président de la Ceni reste souvent le point de friction principal. S’il est nommé par décret présidentiel sans consensus large, la suspicion de partialité va entacher tout le processus. Il en sera de même des présidents de commissions électorales régionales et départementales. Le partage des responsabilités entre l’administration et la Cena, comme c’est le cas actuellement, est très bon. Il suffit simplement de le renforcer au lieu de se lancer dans une aventure qui risque de créer des problèmes de transparence et de crédilité des futures élections. La seule question à laquelle il fallait apporter une réponse, c’est le bulletin unique, et c’est heureux de constater qu’il va être instauré, comme c’est le cas partout ailleurs en Afrique. Ainsi, le passage dans les bureaux de vote sera plus rapide et cela permettra à l’Etat de faire des économies budgétaires.

Babacar FALL
Parcelles Assainies



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