La République du Président

Le samedi 02 mai 2026, au palais de la République, le Président Bassirou Diomaye Faye, ce taiseux, choisit de se prêter à une rencontre avec la presse, représentée par trois confrères, Moustapha Diop de Walfadjri, El Hadj Assane Guèye de Gfm et Pape Alé Niang de la Rts. Le prétexte, s’il en est besoin, serait une sorte de rétrospective biennale, le lendemain de la Fête du travail.
Bien entendu, il sera question, pour faire joli, de dialogue social, sujet vite expédié et qui ne déclenche manifestement pas les passions des personnes en présence. Ça effleure à peine l’économie, laquelle, selon le président de la République, continue sa croissance envers et contre tout.

Sa tumultueuse relation avec son Premier ministre semble bien plus importante pour ce cénacle trié sur le volet.

En effet, ça coince et grince tellement entre le Palais et la Primature, que les murs de l’Etat s’en fissurent. Apparemment, ce ne sont que de trompeuses apparences : il ne peut y avoir de crise institutionnelle, dixit Bassirou Diomaye Faye, parce que c’est lui qui nomme et dégomme. Quand il ne sera plus satisfait du travail de son chef de gouvernement, nommé et révocable par décret, ça se saura…

Bien sûr, la note du Sénégal qui se dégrade sur les places financières mondiales est dans notre logique de croissance, comme la réticence des investisseurs à miser sur le Sénégal ces deux dernières années ; la charretée d’accusés qui finissent par rentrer à domicile après que la Justice reconnait qu’elle n’a rien à leur reprocher, relève également du bilan immatériel dont le «Projet» se glorifiera dans trois ans.

C’est vrai, le Sénégal, du haut de sa fierté, non seulement réclame des explications à la France, concernant la tragédie de Thiaroye 44, mais reprend ses places fortes que l’armée, euh, coloniale, refuse de quitter plus de soixante ans après les indépendances.

Senghor, tout Sérère, avec l’accent, chantre de la Négritude qu’il est, serait trop épris de sa «Négresse blonde» pour virer l’Armée de France de ses bases au Sénégal. L’ignominie va durer vingt ans.

C’est fou, l’amour…
Le pur produit de l’Ecole de la France d’Outre-Mer, l’Enfom, Sa Longueur Abdou Diouf, non plus, ne fait pas mieux : entre 1981 et 1990, près de dix années de Présidence sénégalaise durant, il a le pistolet de son aîné de l’Enfom, alors le vrai patron du pays, le toubab Jean Collin, sur la tempe. Ensuite, au moment où le longiligne Abdou Samba Toro Diouf pense s’émanciper, ça se lie d’amitié avec le Président français Jacques Chirac, qui lui fera même la fleur de le recaser à la Francophonie après sa disgrâce.

Chienne de vie !
Quand le «One-Man-Chauve» Wade arrive aux affaires en 2000, certes, comme tout authentique Sénégalais, il joue les matamores, mais il a peur de sa femme, Viviane Vert, une «Sénégalaise d’ethnie toubab» comme elle le précise d’autorité. C’est vrai, on mime même le repli du paquetage des légionnaires juste avant que le Pape du «Sopi» ne rende le tablier et cède le maroquin au placide Macky Sall. Il suffisait d’un cheveu, mais le Père Wade, c’est connu, a la boule à zéro…

Et puis, entre nous, Versaillais depuis des décennies, il expliquerait quoi, à ses voisins ?
Tout Sénégalais né après les indépendances qu’il est, même marié à une Sénégalaise que son goût immodéré pour le ndawrabine, son faible pour les cheveux naturels et ses compulsifs pèlerinages à La Mecque certifient «authentique», Sa Rondeur Macky Sall prend la précaution de demander la permission aux présidents français François Hollande puis Emmanuel Macron, jusqu’à la permission d’aller au petit coin. Ça laisse des marques indélébiles, ces desserts autorisés aux Sénégalais durant la Coloniale, quand les autres Nègres se faisaient les dents sur du pain rassis…

Arrive au Palais, le, euh, patriote Bassirou Diomaye Faye, souverainiste, barbu et polygame. Son truculent mentor, le Pros, l’empêché de la Présidentielle pour délit de déclarations fracassantes, le marque à la… pardon, l’accompagne. Vous comprenez d’entrée que le nouvel impétrant n’a même pas peur. Le balayage des rues est son tic, la France qui dégage après avoir livré les criminels de Thiaroye 44, est son Toc.

La dignité que ça s’appelle…
Monsieur le Président Bassirou Diomaye Faye, que le pouvoir n’empêche pas de roupiller du sommeil du juste, se paie le luxe de prendre ses aises dans l’idéologie pendant que la gouvernance réclame de l’économie. Mais il n’en a rien à cirer : 54% des électeurs lui font aveuglément confiance, parce que tout le monde est au courant, urbi et orbi : «Diomaye môy Sonko, Sonko môy Diomaye.»

Enfin, jusqu’à récemment.
C’est le moment d’en parler sans doute, afin que nul n’en ignore : Pastef, c’est lui. Pourquoi nous regardez-vous avec des yeux ronds ? Le parti de patriotes, c’est son bébé : il est l’un des sept membres fondateurs, entre fiscalistes qui délirent d’un Sénégal souverain, prospère et juste, un vendredi dans une bicoque de banlieue, après un soup’ou kandia mémorable.

Si ça n’était que ça…
C’est encore lui, simple militant-père-fondateur, qui va chercher aux oubliettes Ousmane Sonko, lequel se tourne alors les pouces, pour finalement l’imposer comme président de leur nouveau parti. C’est toujours lui, simple militant-père-fondateur, qui se plie en quatre pour rédiger les statuts et installer les mouvements patriotes de jeunes, de femmes, d’enseignants, de cadres… Il aurait fait plus, si, pour avoir offensé les magistrats -toujours pour défendre l’icône du Projet-, on ne l’avait pas arrêté et jeté au gnouf.

Y’a donc rien à voir, concernant ses relations avec le remuant et ombrageux Premier ministre : rompez les rangs ?
Sur bien d’autres sujets d’importance nationale, comme la candidature de l’outrecuidant sénégalais Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations unies, qu’il n’a pas la courtoisie de lui annoncer, Bassirou Diomaye Faye ne tremble pas : il est dans son bon droit. Par son mutisme, il fait payer à ce cuistre son snobisme… Seulement voilà : selon l’entourage de l’ancien Président sénégalais, un courrier aurait été adressé à l’actuel locataire du Palais, sans réponse.

Ah, satané service courrier !
De toutes manières, la messe est dite, il a d’autres chats à fouetter : sa Coalition Diomaye Président, par exemple, qui lui déroule le tapis rouge pour un second mandat. Son baptême du feu, ce sera ce week-end, dans un stade qu’il veut remplir à ras-bord, avant d’aller à l’assaut des communes et du Parlement.
La République du Président se gave pour l’heure d’idéologie, l’urgence économique attendra.
Par Ibou FALL



from Lequotidien – Journal d'information Générale https://ift.tt/hKst0wS

Commentaires